Concert donné le mercredi par une fanfare militaire sur la Marktplatz

Les régiments allemands de la garnison de Saint-Avold de 1871 à 1914

par Patrice Deschamps (extraits de l’article paru dans le numéro 26 du Cahier du pays naborien)

La présence militaire allemande

L’armée du nouveau Reich, qui a intégré en 1871 toutes les unités des états allemands ayant combattu contre la France, est constituée de corps d’armée correspondant à des zones géographiques basées sur leurs frontières. Selon la loi sur la constitution de l’empire du 16 avril 1871, cette armée unique est sous les ordres de l’empereur, et tout Allemand capable de porter les armes doit 3 ans de service actif, puis 4 ans de réserve.

En raison du statut de « terre d’empire » donné à l’Alsace et à la partie de la Lorraine rattachées par le traité de Francfort (10 mai 1871), le 15e corps d’armée (XV. Armeekorps) de ce Reichsland, dont les états-majors se sont installés à Strasbourg (corps d’armée et 31e division) et Metz (30e division et division de cavalerie), sera formé de régiments issus des principaux états allemands. Les premières unités rattachées au nouveau 15e corps prennent garnison en Alsace et en Lorraine dès la fin des hostilités, alors que les armées allemandes occupent encore une grande partie de la France (le retrait progressif durera jusqu’en septembre 1873 avec la fin du remboursement des milliards de francs de dédommagements de guerre).

En raison de sa situation géographique, de son passé militaire et de sa caserne (la caserne Fabert construite avant la Révolution, qui sera rebaptisée französische Kaserne ou alte Kaserne) permettant l’hébergement de troupes, Saint-Avold fait partie des villes du nouveau Reichsland retenues par le ministère de la guerre pour recevoir une garnison.

Comme les autres grands pays européens, l’empire allemand augmente progressivement entre 1871 et 1914 les effectifs et la puissance de son armée et de nouveaux régiments viennent renforcer les garnisons des régions frontalières avec la France et la Russie. Une 33e division est créée dans le 15e corps d’armée en mars 1887.

Une nouvelle étape du renforcement de la présence militaire allemande en Lorraine est franchie en janvier 1890, avec la création d’un 16e corps d’armée (33e et 34e divisions), auquel sont rattachées les garnisons de Metz, Thionville, Morhange et Saint-Avold, le 15e corps conservant de son côté les garnisons d’Alsace, de Sarrebourg et de Bitche. Le premier chef du 16e corps est jusqu’en 1903 le général Gottlieb Graf von Haeseler (photo ci-contre), qui a été un des premiers officiers prussiens à pénétrer dans Saint-Avold en août 1870.

La dernière réorganisation importante de l’armée allemande a lieu en octobre 1912 avec, entre autres conséquences, la formation d’un nouveau 21e corps d’armée dont le quartier-général s’installe à Sarrebruck. Les régiments présents en Lorraine sont répartis entres les 21e et 16e corps, la garnison de Saint-Avold restant rattachée à ce dernier.

En raison des vastes espaces naturels qui entourent la ville, permettant de nouvelles constructions et offrant de grands terrains pour exercices et manœuvres, la garnison de Saint-Avold prend durant ces années de plus en plus d’importance.

L’accroissement des effectifs militaires s’accompagne de la construction de nouvelles casernes et de nombreux bâtiments annexes : casinos pour les officiers de chaque régiment (Offizier-Kasino), bâtiments d’intendance, abattoir, blanchisserie, logements pour les sous-officiers mariés (Rothes Haus ou Familienhaus dans la Homburgerstrasse), hôpital militaire (Garnison-Lazarett), qui est bâti sur les hauteurs du Steinberg.

Les nouvelles villas destinées au logement des officiers ou des fonctionnaires impériaux, comme par exemple la villa « Bellevue » occupée par les commandants successifs du 14e régiment de uhlans, se multiplient sur les hauteurs. Toutes ces constructions, d’un style wilhelminien caractéristique, modifient fortement l’image de la ville.

Avec l’arrivée de nombreux militaires de confession protestante dans une région traditionnellement catholique se pose le problème d’un lieu de culte. Dès 1875, le Major von Buddenbrock du 9e régiment de dragons demande un véritable lieu de culte en remplacement de la simple salle que la mairie met à disposition pour les offices religieux. L’église protestante (Garnisonkirche) est finalement construite de 1887 à 1889, à proximité des 2 casernes de cavalerie.

8,5 hectares de forêt sont abattus en 1878 pour créer le terrain de manœuvre (Exerzierplatz), au lieu-dit Hollerloch, à quelques kilomètres au nord de la ville. La surface est portée à 45 hectares en 1900, puis à 70 hectares en 1914 pour permettre l’entraînement des différents régiments de la ville. Sur ce terrain, un large espace entouré de forêts sur 3 côtés permet combats à pied, exercices de tir et, pour les cavaliers et artilleurs à cheval, les différentes manœuvres avec parcours d’obstacles ou escalade de talus.

Saint-Avold va vivre pendant quatre décennies au rythme de sa garnison, marqué par les concerts hebdomadaires donnés à l’attention de la population par les fanfares militaires sur la place du marché, les festivités organisées pour les jours anniversaires des régiments ou les différentes manifestations relatives au culte impérial, comme la célébration le 27 janvier de l’anniversaire de l’empereur Guillaume II.

L’arrivée des nouvelles recrues mi-octobre, rassemblées à la gare et conduites vers leurs casernes par des sous-officiers aboyant les ordres, le serment au drapeau (Fahneneid), la traversée de la ville au printemps par les unités allant participer aux premiers exercices collectifs sur le terrain du Hollerloch, les manœuvres d’automne dans la région et enfin le retour au foyer des soldats ayant terminé leurs 2 ou 3 ans de service actif, pattes d’uniforme roulées sur l’épaule et bâton de réserviste à la main, sont les autres évènements notables de l’année militaire.

Les documents illustrant la présence militaire allemande à Saint-Avold sont particulièrement nombreux du début du xxe siècle jusqu’à la fin de la première guerre mondiale. Avec le développement des techniques photographiques, des photographes de la ville (Carl Faust, Max Kuban, Nick Mehl…) ou de passage, comme le belge Edouard Nels, sortent de leurs studios pour réaliser des cartes postales animées, sur lesquelles figurent souvent des permissionnaires en uniforme, flânant dans les rues ou rassemblés aux abords des tavernes ou, plus rarement, des militaires en service.

Fantassins et chasseur à cheval à Saint-Avold

Des photos montrant le soldat, seul ou avec ses camarades d’unité, dans la vie en caserne, lors de défilés en ville ou en manœuvre sur le terrain d’exercice du Hollerloch, sont très prisées des militaires de la garnison et souvent utilisées comme support pour envoyer par la poste des nouvelles à la famille ou aux amis en Allemagne, en complément de cartes dessinées et produites par lithographie, présentant un caractère humoristique ou patriotique. Parmi ces dernières, les cartes régimentaires montrent de manière fidèle l’uniforme et les signes distinctifs du régiment, comme les pattes d’épaule.

Durant les décennies précédentes, les photographes (N. Mack, Philip Leigh, puis surtout Wilhelm Dinslage et Gustav Dierkes) n’ont pu travailler qu’en atelier, où le soldat posait longuement en uniforme de parade avec casque et arme blanche, ou en tenue de sortie. Les portraits « carte de visite » ou les vues en pied, certains étant colorisés, comportent parfois au verso, avec la publicité du photographe, une mention de garantie à vie de l’image, largement justifiée au vu de la qualité de ces documents, restée inchangée après plus d’une centaine d’années. Les photomontages rassemblant, sur fond de vues de la ville et de ses casernes, tous les hommes de la compagnie et les officiers du régiment, sont également des souvenirs très appréciés des réservistes, ainsi que les lithographies colorées où la tête photographiée du soldat vient compléter le dessin du reste du corps en grand uniforme de fantassin, d’artilleur ou de cavalier.

Le départ des réservistes (Carte expédiée en 1909 de Saint-Avold par un réserviste du 173e régiment)

D’autres souvenirs de réservistes comme gourdes, chopes, pipes ou tasses de porcelaine, richement décorés d’hommes en uniforme et de scènes militaires, et les livres historiques des régiments, publiés avant ou après la première guerre mondiale, complètent la large iconographie disponible qui nous donne une image fidèle de ces militaires allemands qui ont si fortement marqué l’histoire de Saint-Avold pendant la période de l’annexion, de 1871 à 1918.

Les régiments allemands à Saint-Avold pendant la période de paix (1871-1914)

Les régiments de l’armée impériale allemande étaient rattachés à une ville de garnison et y faisaient normalement de longs séjours. Le nombre de régiments présents à Saint-Avold entre 1871 et 1914 est donc limité, à la différence des 5 décennies précédentes, durant lesquelles de nombreux régiments de l’armée française se sont succédé en ville.

Les régiments de cavalerie

Les régiments de cavalerie de l’armée allemande sont à 5 escadrons, dont un de dépôt. L’effectif d’un escadron est de 4 ou 5 officiers, 19 sous-officiers et 123 cavaliers. Chaque régiment dispose également de spécialistes de différents corps de métier nécessaires au service (maréchaux-ferrants, selliers, vétérinaires, armuriers…), ainsi que de médecins et d’infirmiers.

  • Le 5e régiment de Chevaulegers bavarois (1871-1873)

Le 31 mai 1871, le 5e régiment de Chevaulegers bavarois « Prinz Otto », fort de 20 officiers, 562 hommes et 573 chevaux fait son entrée en ville sous le commandement de l’Oberst (colonel) von Weinrich. Les 3e et 4e escadrons commandés par le Major Max Freiherr von und zu Egloffstein et les Rittmeister Kapp et von Fugger restent en ville et occupent la caserne Fabert, comme l’avaient fait avant eux de 1815 à 1818 des escadrons des 1er et 3e régiments de ces mêmes Chevaulegers bavarois. L’état-major et le reste du régiment poursuivent leur route pour rejoindre leurs garnisons de Sarreguemines (1er et 2e escadrons) et Speyer (5e escadron et dépôt du régiment). Affecté à la 30e brigade de cavalerie de la 30e division, le 5e régiment de Chevaulegers est alors le seul régiment de cavalerie bavarois en garnison en Alsace-Lorraine.

Le 19 janvier 1872, le Major von Egloffstein écrit au maire de Saint-Avold pour réclamer des écuries, un terrain de manœuvre couvert et l’agrandissement du champ de manœuvre. Pour gagner du temps, la mairie crée une commission pour étudier le problème.

Le 1er août, les 4 escadrons, soit 19 officiers, 409 hommes et 433 chevaux, sont regroupés à Saint-Avold, puis, le 3, rejoignent Montigny pour participer pendant tout le mois aux grandes manœuvres d’automne autour de Metz. Les escadrons reviennent dans leurs garnisons le 29 août. Le 1er novembre 1872, le 4e escadron rejoint définitivement les 2 escadrons de Sarreguemines, laissant le 3e escadron du régiment comme seule présence militaire en ville. Le 24 mai 1873, l’Oberstleutnant (lieutenant-colonel) von Egloffstein, qui commandait les escadrons en garnison à Saint-Avold, prend le commandement du régiment. Il sera remplacé en 1874 par le Major Freiherr von Sazenhofen.

Du 7 au 20 août 1873, le régiment est regroupé pour des exercices autour de Sarreguemines. Le 22 août il traverse Saint-Avold en marche vers Metz pour participer aux manœuvres annuelles autour de Courcelles avec le reste de la 30e division. À la fin des manœuvres, à la mi-septembre, le 3e escadron ne revient pas à Saint-Avold. Il rejoint Sarreguemines, en remplacement du 1er escadron qui va prendre garnison à Forbach dans le vieux couvent que les sœurs de la Providence viennent de vendre à la municipalité. En 1878, tous les escadrons sont regroupés à Sarreguemines où ils resteront en garnison jusqu’à la première guerre mondiale, rejoints dans cette ville par un bataillon du 23e puis du 22e régiment d’infanterie bavaroise.

  • Le 9e régiment de dragons (1. hannoversches Dragoner Regiment Nr.9) (1873-1877)

Fin août 1873, 2 escadrons s’installent à Saint-Avold, dans la caserne Fabert libérée par les Chevaulegers bavarois.

Mi-août 1875, les 2 escadrons de Saint-Avold et le 5e escadron de Faulquemont rejoignent au sud de Metz le reste du régiment pour des exercices de la brigade sur le terrain de manœuvres de Frescaty. Après les manœuvres d’automne avec l’ensemble des unités de la 30e division, les escadrons rejoignent leurs villes de garnison le 24 septembre.

Au début de 1876, la cavalerie du 15e corps d’armée est réorganisée, avec la formation d’une division de cavalerie sous les ordres du Generalmajor von Witzendorf. Les régiments qui composent les 2 brigades restent cependant les mêmes (30e brigade avec les régiments de dragons n° 9 et 10, de uhlans n°4 et de Chevaulegers n°5, et 31e brigade avec le 15e régiment de uhlans et le 15e régiment de dragons). Les exercices de l’automne 1876 ont lieu dans la région de Wissembourg, devant l’empereur Guillaume Ier et le prince Frédéric Charles. Le régiment a le plaisir d’apprendre le 8 septembre qu’il est prévu, après les manœuvres de l’automne suivant, que les 4 premiers escadrons du régiment seront réunis dans une nouvelle caserne de Metz, le 5e escadron de Faulquemont les rejoignant plus tard au printemps 1878.

Début septembre 1877, les 2e et 4e escadrons quittent définitivement Saint-Avold pour laisser la place au 13e régiment de dragons, qui doit arriver en ville en octobre. Le 2 septembre 1877, les escadrons du régiment se réunissent à Bellecroix, au croisement des routes de Sarrelouis et Sarrebruck, accueillis par le gouverneur de la place forte, le général von Schwerin, et le corps des officiers de Metz. Le 23 septembre, à la fin des manœuvres à Frescaty avec la 59e brigade d’infanterie, les escadrons 1 à 4 et l’état-major rejoignent Metz, mais leur nouvelle caserne n’étant pas encore terminée, ils sont répartis en ville dans plusieurs autres casernements. Le 5e escadron retourne de son côté à Faulquemont. Il rejoint Metz début avril 1878 pour s’installer avec le reste du régiment dans la nouvelle caserne de la Ronde (Ronde-Kaserne, Kavalerie – Kaserne ou Dragoner-Kaserne) au quartier des Vallières à Metz Devant-les-Ponts. En août 1880, le régiment reçoit pour chef et colonel honoraire le prince et altesse royale Karl de Roumanie (prince de la famille des Hohenzollern).

  • Le 13e régiment de dragons (Schleswig-Holsteinisches Dragoner-Regiment Nr.13) (1877-1886)

En octobre 1877, le régiment, commandé par l’Oberstleutnant von der Groeben, quitte les villes de Flensburg et de Hadersleben pour rejoindre la Lorraine et intégrer la division de cavalerie du 15e corps d’armée, dans la 30e brigade avec les régiments de dragons n°6 et 9 (par A.K.O. du 28 mai 1877). Les 4e et 5e escadrons prennent provisoirement garnison à Sarrebourg, tandis que l’état-major et le reste du régiment s’installent à Saint-Avold, logeant en partie chez l’habitant pendant plusieurs mois, dans l’attente de la mise à disposition des nouvelles casernes en construction.

Les 2 nouvelles casernes de cavalerie (Bergkaserne et Ketzerrathkaserne), terminées en 1882, offrent de meilleures conditions d’hébergement aux 4 escadrons du régiment présents à Saint-Avold.

Le 13e régiment de dragons reste 9 années en garnison à Saint-Avold. remplacé par le 14e régiment de uhlans(par A.K.O. du 20 décembre 1883), il quitte la ville en avril 1886 pour Metz. En 1890, lors de la formation du 16e corps d’armée, il y formera avec le 9e régiment de dragons la 33e brigade de cavalerie.

  • Le 14e régiment de uhlans (2. Hannoversches Ulanen Regiment Nr.14) (1886-1914)

Le régiment de uhlans n°14, en provenance de la ville de Verden, fait son entrée en ville le 1er avril 1886. Quatre escadrons remplacent les dragons du 13e régiment dans les 2 nouvelles casernes de cavalerie pour un séjour à Saint-Avold qui durera 28 ans (par A.K.O. du 19 mars 1886). Le 2e escadron du régiment prend garnison à Faulquemont (Falkenberg) en remplacement également d’un escadron du 13e régiment de dragons. En 1892, il est transféré à Morhange (Mörchingen), ville située à une trentaine de kilomètres au sud de Saint-Avold. Le 2e escadron y est remplacé par le 1er escadron en 1895, puis par le 4e escadron de 1897 à 1914.

Le régiment fait d’abord partie de la division de cavalerie du 15e corps d’armée. Il défile en septembre 1886 à Strasbourg devant l’empereur Guillaume Ier. Un nouveau manège est mis à la disposition des uhlans en juin 1888. Lors de la création du 16e corps d’armée de Lorraine en 1890, il forme la 34e brigade de cavalerie avec le 6e régiment de dragons en garnison à Thionville (avec état-major de brigade à Metz). En 1910, le second régiment de cette brigade sera le 9e régiment de dragons, et en 1913, le 12e régiment de chasseurs à cheval.

Par A.K.O. du 15 septembre 1897, l’empereur Guillaume II nomme colonel honoraire et chef du 14e régiment de uhlans son altesse royale et impériale Joseph Karl Ludwig von Habsburg-Lothringen, archiduc d’Autriche. Il sera remplacé à la tête du régiment, après sa mort en 1905, par son fils l’archiduc Joseph August Viktor.

Par A.K.O. du 24 janvier 1899, le Kaiser décrète que les régiments prussiens formés après la dissolution de l’armée du Hanovre, en 1866, seront autorisés à reprendre les traditions de leur ancienne armée. Le 27 janvier, jour anniversaire de l’empereur, le colonel von Merveldt lit le texte de l’A.K.O. aux 4 escadrons rassemblés dans la cour de la Ketzerrathkaserne, lecture suivie d’un triple « hurrah » en l’honneur de sa majesté. Le 14e régiment de uhlans reprend les traditions du régiment des cuirassiers de la garde royale du Hanovre (Garde-Kürassier-Regiment) dont l’origine remonte à la « Englisch-Deutsche-Legion », formée en 1803 pour combattre Napoléon par George III, roi d’Angleterre et prince de Hanovre. Le 10 décembre 1805 remplace le 27 septembre 1866 comme date anniversaire du régiment. L’aigle prussien du schapska est modifié à cette occasion par adjonction d’une banderole formant un cercle et portant les noms « PENINSULA-WATERLOO-GARZIA-HERNANDEZ », en souvenir de la participation de ce régiment aux combats contre les troupes françaises en Espagne et à la bataille de Waterloo.

Défilé de uhlans sur la Marktplatz (carte photo de 1913)

Du 5 au 11 septembre 1908, après une parade devant l’empereur à Metz, les grandes manœuvres conjointes des 15e et 16e corps d’armée (Kaisermanöver) se déroulent à l’ouest de Saint-Avold, en présence du Kaiser Guillaume II, du grand-duc de Bade, logé en ville, et de l’archiduc François-Ferdinand, neveu de l’empereur d’Autriche-Hongrie François-Joseph et héritier du trône. La ville héberge environ 200 hommes des formations neutres, en charge de la signalisation et des communications, et la garnison assure l’intendance d’une division de cavalerie.

  • Le 12e régiment de chasseurs à cheval (Jäger-Regiment zu Pferde Nr.12) (1913-1914)

Le 4 octobre 1913, le 12e régiment, sous les ordres du Major Freiherr von Nordeck, fait son entrée en ville. Une cérémonie d’accueil est organisée par la municipalité, avec la participation des 5 régiments d’origine et de la garnison. Les hommes des 5 escadrons intègrent des baraquements provisoires, dans l’attente de la fin des travaux de la nouvelle Jägerkaserne, construite à côté de la caserne d’artillerie sur la route de Sarrelouis. Les chevaux sont répartis entre les écuries de la caserne française (2 escadrons) et des tentes (3 escadrons), qui seront détruites le 24 mars 1914 par une violente tempête. Un bâtiment de la ville (immeuble Hayer), loué par la municipalité, sert de casino aux officiers du régiment.

Le régiment forme avec le 14e régiment de uhlans la 34e brigade de cavalerie. L’état-major de cette brigade, sous le commandement du Generalmajor von Ilsemann s’installe également à Saint-Avold. Moins d’un an plus tard, en juillet 1914, le régiment quitte la ville pour prendre sa place dans le dispositif offensif contre la France au sein du 16e corps d’armée.

Le régiment aura deux occasions de défiler en ville, le jour anniversaire de l’empereur, le 27 janvier 1914, et pour la remise de ses drapeaux par le général von Müller, commandant de la garnison de Saint-Avold.

Poste de garde de chasseurs à cheval à Saint-Avold (octobre 1913)

L’artillerie

Les 130e et 131e régiments d’infanterie, premiers régiments lorrains de l’armée impériale, sont créés en 1881. Ils sont suivis en 1887 par 2 nouveaux régiments d’infanterie qui sont affectés à la nouvelle 33e division du 15e corps d’armée, en garnison à Metz. En 1890, lors de la création du 16e corps d’armée, la liste des régiments lorrains s’allonge de 2 nouveaux régiments d’infanterie et de 2 régiments d’artillerie de campagne, les 33e et 34e Feld Artillerie Regiment (ou F.A.R.).

  • Le 33e régiment d’artillerie de campagne (1. Lothringisches Feldartillerie-Regiment Nr. 33) (1890-1899)

Le 33e régiment d’artillerie de campagne (1er lorrain) est créé le 1er février 1890, consécutivement à la création du 16e corps d’armée de Lorraine, à partir d’unités existantes (F.A.R. 31 et 8). Il comprend à l’origine 2 groupes à 3 batteries, chaque batterie étant constituée de 6 canons attelés. Son premier commandant est l’Oberst Wygnanski. Le 2e groupe (II. Abteilung) du régiment, sous les ordres du Major Creuzinger, fait son entrée à Saint-Avold au mois d’avril, tandis que le 1er groupe et l’état-major du régiment prennent garnison à Metz. Les 3 batteries (n°4, 5 et 6) occupent la caserne française pendant que se construit une nouvelle caserne sur la route de Sarrelouis. Cette nouvelle caserne (Artilleriekaserne) peut être occupée à partir de 1893.

  • Le 69e régiment d’artillerie de campagne (3. Lothringisches Feldartillerie-Regiment Nr. 69) (1899-1914)

Une réorganisation des régiments d’artillerie de campagne est décidée en 1899. Il est décrété par A.K.O. que les régiments de 4 groupes seront partagés en 2 régiments de 2 groupes à 3 batteries, 2 régiments étant associés pour former une brigade d’artillerie. Cette réforme porte à 76 le nombre de régiments de l’armée allemande (plus 4 régiments de la Garde et 12 régiments bavarois).

Le 69e régiment d’artillerie de campagne (3e lorrain) est créé par A.K.O. du 25 mars 1899 à partir de 2 groupes du 33e F.A.R. Après les manœuvres d’automne qui se déroulent en septembre entre Saint-Avold et Vahl-Ebersing, le 2e groupe de ce régiment (batteries 4, 5 et 6/33), déjà en garnison à Saint-Avold, devient le 1er groupe du 69e régiment (batteries 1, 2 et 3/69 avec canons de campagne), rejoint le 2 octobre par deux batteries du 3e groupe (7 et 8/33) en provenance de Metz, qui formeront le 2e groupe du nouveau régiment (batteries 4 et 5/69 avec obusiers légers). Les 1er et 4e groupes (ce dernier rebaptisé 2e groupe) du 33e F.A.R. occupent la caserne de Metz-Montigny. L’Oberstleutnant Scheller, ancien commandant du 4e groupe IV/33 à Saint-Avold entre 1893 et 1897, devient le commandant de ce nouveau régiment.

Avant d’occuper entièrement la caserne d’artillerie, pas encore terminée, une partie du régiment est logée dans des baraques en tôle de la caserne d’infanterie, pendant que ses canons restent sur le terrain d’exercices du Hollerloch. Dès le printemps 1900, le régiment est inspecté par le Feldmarschall Haeseler avec des résultats jugés satisfaisants malgré un temps de préparation limité à une demi-journée.

Une 6e batterie (6/69) complète le 2e groupe en octobre 1900. Peu de temps après, de nombreux soldats et officiers se portent volontaires pour aller combattre en Chine, suite à la révolte des Boxers. Une quinzaine d’hommes de la 3e batterie partent. Tous reviennent au régiment en 1901. Durant l’été 1901, le régiment se rend sur le champ de bataille de Spicheren, puis fait des manœuvres sur le terrain d’exercice de Sarrebruck avant de revenir en ville. En 1905, le lieutenant Hammann et quelques artilleurs prennent part aux combats contre les Hottentots dans la colonie allemande du Südwest Afrika.

La période de paix est consacrée à la formation de la troupe, avec des exercices à tirs réels, sur les terrains de Bitche, de Haguenau en Alsace ou d’Elsenborn en pays de Bade, et des manœuvres en Lorraine ou en Sarre. Le régiment prend part à des manœuvres impériales (Kaisermanöver), suivies de parades devant le souverain en 1905 à Coblence et en 1908 à Metz, après des opérations contre le 15e corps d’armée au sud et à l’ouest de Saint-Avold.

À l’automne 1912, la batterie 2/69 est transférée au 70e F.A.R. (6/70) à Bitche. Une nouvelle batterie de remplacement est formée et confiée au capitaine Marx (qui écrira après la guerre l’historique du régiment). Le régiment est renforcé en 1913, avec de nouveaux chevaux et une augmentation du nombre de recrues. Pour y faire face, la caserne est agrandie de nouveaux bâtiments (logements, étables, manège) qui sont utilisés à partir du printemps 1914.

Le 69e F.A.R. est initialement associé au 34e régiment pour constituer la 34e brigade d’artillerie de campagne, puis, à partir de 1912, au 70e F.A.R., l’état-major de la brigade s’installant alors à Saint-Avold. Après 15 années passées à Saint-Avold, le régiment quitte la ville pour participer à l’offensive de l’été 1914 contre la France.

L’infanterie

  • Le 173e régiment d’infanterie (9. Lothringisches Infanterie Regiment Nr.173) (1897-1918)

Les régiments d’infanterie n° 166 à 180 sont créés par A.K.O. du 31 mars 1897. Le 173e régiment (9e lorrain) est initialement constitué de 2 bataillons à 4 compagnies (22 officiers, 74 sous-officiers et 566 soldats par bataillon), à partir d’éléments prélevés dans des régiments en garnison à Morhange (n°17 et 144) et Metz (n°98 et 130). Avec le 174e régiment (10e lorrain), en garnison à Metz puis à Forbach, il forme la 86e brigade d’infanterie, dont le général commandant et l’état-major de brigade s’installent à Saint-Avold de 1904 à 1912.

Après la création du 21e corps d’armée en 1912, le 30e régiment d’infanterie de Sarrelouis remplace à la 86e brigade le 174e régiment rattaché à ce nouveau corps. Le premier commandant du régiment est le colonel Dieckmann, venant du 142e régiment d’infanterie de Mulhouse. Le régiment reçoit ses drapeaux des mains de l’empereur à l’automne 1897, à l’arsenal de Berlin.

Les 2 bataillons en provenance de Metz et Morhange font leur entrée dans leur nouvelle ville de garnison le 1er juin 1897, après deux journées d’exercices de marche. La nouvelle caserne d’infanterie prévue pour ce régiment étant encore en cours de construction, les troupes s’installent dans des baraquements sur la route de L’Hôpital et dans l’ancienne caserne française libérée par les artilleurs. La plupart des officiers trouvent un logement en ville et 2 pièces de l’hôtel Pariserhof servent provisoirement de casino pour les officiers. Cette situation inconfortable s’améliore en 1900 pour le 1er bataillon qui intégre enfin ses casernements définitifs, rejoint en 1901 par le 2e bataillon. Le casino des officiers, proche de la caserne, est inauguré le 1er mai 1900.

Durant ses 10 premières années d’existence, des militaires du régiment prennent part comme volontaires à la campagne de Chine de 1900-1901 et aux différentes campagnes contre les Hottentots en Afrique du sud-ouest allemande (Deutsche-Südwestafrika) entre 1904 et 1908. Un monument aux quelques victimes de ces combats est érigé dans la cour de la caserne de Saint-Avold. En 1900, les hommes de la 1ère compagnie se distinguent lors des exercices de tir et obtiennent le droit d’arborer à leur manche droite le Kaiserpreisabzeichen, tandis qu’un buste de l’empereur vient orner le casino des officiers.

En 1910, le régiment est complété par une compagnie de mitrailleuses (Maschinengewehr –Kompagnie) et l’effectif des compagnies est porté à 150 hommes. La même année, la 5e compagnie du régiment a l’insigne honneur d’être affectée à la garde de l’empereur Guillaume II lors d’un de ses séjours au château d’Urville.

Le régiment obtient finalement son 3e bataillon en octobre 1912, mais celui-ci prend garnison dans différents secteurs de la ville de Metz, malgré plusieurs demandes de la municipalité de Saint-Avold au ministre de la guerre pour que ce bataillon rejoigne les 2 premiers bataillons déjà casernés en ville.

Futurs réservistes du 14e régiment de uhlans (carte photo postée en 1908)