Le quartier du Wenheck :
un demi-siècle d'existence

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La "cité canadienne" le 21 octobre 1961



Du Windheck au Wenheck : genèse d'un quartier de Saint-Avold


La colline du Wenheck est située aux confins sud de la commune près des bans de Valmont et de Petit-Ebersviller. Elle tire son étymologie du moyen haut allemand «Windheck» ou coin venteux, très exposé. Le nom de ce lieu-dit, situé en altitude sur la côte de Lorraine, à environ 325 m au-dessus du niveau de la mer, renvoie à ses caractéristiques topographiques. À l'origine, ce secteur est une vaste étendue de champs cultivés et de prés, possession ancienne de l'abbaye bénédictine de Saint-Avold, qui y crée une métairie et une bergerie gérées par un fermier qu'elle désigne.


Le « Wenhecker Hof » : une importante métairie, propriété de l'abbaye de Saint-Avold


L'abbaye bénédictine de Saint-Avold, implantée entre Rosselle et Mertzelle dès le VIe siècle, se développe au cours du Moyen Âge. Achats et donations de particuliers enrichissent la mense conventuelle. L'abbaye acquiert certainement le Wenheck au XII' siècle. Elle y implante une métairie qui exploite les bonnes terres à blé de la côte. En 1332, Adhémar de Monteil, évêque de Metz, concède au monastère naborien le droit de troupeaux à part dans les « moitresses de Furst et du Windeck ». La métairie est alors une terre franche. Le fermier gère les biens rattachés à cette ferme répartis sur les bans des villages de Valmont et de Petit-Ebersviller avec les droits de haute, moyenne et basse justice. Les titres de propriété de l'abbaye sur ces terres sont confirmés par les évêques de Metz en 1433 et 1615. À la veille de la Guerre de Trente Ans, la ferme du Wenheck acquitte en fermage 15 quartes de blé, autant d'avoine, 1 quarte de pois, 6 beurres et 4 poules. Rappelons que cette ferme dispose du droit de pâture dès 1443 sur les bans de Saint-Avold, Valmont et Petit-Ebersviller par acte de l'évêque de Metz Conrad Bayer de Boppard (1415-1459). Le fermier dispose d'un vaste troupeau de 180 brebis qu'il fait paître librement, ce qui provoque de graves conflits avec les marcaires de la ville. Au XVIII' siècle cette ferme accroît son emprise foncière. Le fermier ensemence 71,40 ha, essentiellement en blé, avoine et froment. Il fait paître ses ovins sur 16,35 ha de prés. En 1770, il acquitte à l'abbaye tous les ans 85 paires de quartes, moitié blé-froment, moitié avoine et une somme d'argent de 450 livres.


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Le « Wenhecker Hof »



À la Révolution française, les biens de cette métairie, estimés à la somme de 20 000 livres, sont vendus, le 26 mars 1790, à Clément Remacle, fermier de la cense de Gansbach. Elle est occupée en 1840 par la famille de Joseph Vurckler, anabaptiste, qui se consacre à l'agriculture et à l'élevage. La ville rachète la ferme et ses terres d'une étendue de 64 ha, le 23 décembre 1908 pour la somme de 100 000 Mark. Elle décide de l'exploiter en régie directe en l'affermant à des particuliers. Dans le cadre de la construction du tramway en 1909, reliant la ville à la gare, la société d'électricité « Bergmann Elektrizitatswerk » récupère un bâtiment pour y construire un dépôt-atelier et deux stations de transformation pour l'alimentation en énergie. Le 2 avril 1919, la ville vend la ferme à Georges Neu. À sa mort, les terres sont démembrées pour permettre la réalisation des complexes immobiliers actuels : la construction de la cité du Wenheck, puis en 1974, la construction du lotissement Parc Neu. Le corps de ferme est acheté le 27 décembre 1986 par la famille Christini, puis cédé en deux étapes à la SARL Lidl, par contrats de vente du 5 juillet 1990 et en 2000. Cette société entreprend la destruction des bâtiments pour y implanter un commerce d'alimentation. La ferme conserve jusqu'à sa destruction un aspect fortifié par la présence d'une tour-portail portant la date de 1733.



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Le Wenheck en 1955



L'urbanisation du Wenheck : un nouveau quartier sort de terre (1953-1964)


L'urbanisation du Wenheck se fait en trois opérations indépendantes.

• La première débute en 1953 par un projet de construction de 200 logements par les Houillères du Bassin de Lorraine et la ville de Saint-Avold, dirigée alors par son nouveau maire Jean Robert (1906-1976), qui crée au printemps 1953, la Société Civile Immobilière de Construction (S.C.I.C.). Elle s'inscrit dans un cadre d'urbanisation plus général, tant au point de vue de la localisation que du programme. En effet, Georges Henri Pingusson (1894-1978), architecte et urbaniste des opérations d'aménagement du Bassin Houiller de Lorraine, est chargé d'étudier les sites disponibles, intéressants sur le plan de l'habitat. Il propose la création d'une ville nouvelle s'étendant sur les pentes encore vierges du Wenheck et du Bleiberg. Celle-ci aurait le statut d'une ville et pourrait accueillir 10 000 habitants, des administrations, la direction des H.B.L., des équipements commerciaux et sportifs. Ce projet ne voit pas le jour. Néanmoins l’idée séduit la municipalité de Saint-Avold et les H.B.L.. Ces dernières achètent des terrains situés au sud dans la zone préconisée par Georges-Henri Pingusson au fur et à mesure de leur mise en vente. Ces terrains permettent, quelques années plus tard, la création de la cité de Petit-Ebersviller, à cheval sur les territoires de Petit-Ebersviller et de Valmont. La S.C.I.C acquiert à l'amiable en 1953, une parcelle de 30 ha, terrain ayant fait partie de la ferme dite du Wenheck qui vient de faire l'objet d'un partage entre les deux héritiers. À travers cette société, les deux partenaires, la ville à 40 % et les H.B.L. à 60 %, entendent réaliser progressivement les programmes de construction susceptibles de répondre à leurs besoins respectifs. Ils espèrent ainsi influencer le marché immobilier local qui s'emballe en raison d'une demande de logements supérieure à l'offre. La S.C.I.C lance un premier programme de reconstruction de 194 logements. L'étude du plan de masse est confiée au cabinet Doignon-Tournier et Pingusson. Les architectes John Sergy et Henri Gabriel Hanotaux assurent la conception des bâtiments et des logements. L'opération débute le long du CD 20, le 15 février 1954 et prend fin le 23 mai 1955. A la réception des travaux, 72 logements avec espaces publics attenants, sont attribués à la ville de Saint-Avold et 122 aux H.B.L.. Il s'agit pour l'essentiel de l'actuelle rue du commandant Charcot. Un projet de centre commercial est déposé en 1958. Il y est réalisé une supérette. La première tranche héberge entre autres les habitants des casernes Hamon et Mahon. Le 1" avril 1954, Alfred Vidale et sa famille s'y installeront avec les premiers arrivants.

• La deuxième opération s'effectue très rapidement. L'armée canadienne, stationnée à la base aérienne de Grostenquin, désire s'installer temporairement dans des logements confortables et regroupés. Elle cherche donc un terrain propice et des constructeurs. Jean Robert, maire visionnaire, saisit l'occasion qui lui est offerte. Il constitue la société immobilière de la Mertzelle en y associant le gouvernement canadien, promoteur de la construction, la Banque de Paris et des Pays-Bas et la S.C.I.C. de Saint-Avold, qui fournit le terrain et reprend les logements dès leur libération. Cette société se charge de la construction, de la viabilisation et de la gestion de l'opération. En l'espace de trois ans, 443 logements et une école sont construits. Les logements occupés par les militaires et civils canadiens correspondent aux actuelles rues Lyautey, Dupleix, Saint-Exupéry, Guynemer, Jacques Cartier, Saint-Malo, Jean Mermoz et de Montréal. Les Canadiens aménagent aussi un terrain de base-baIl et un gymnase. Il est prévu un contrat de reprise du parc immobilier par la ville de Saint-Avold, puisque le gouvernement canadien signe un bail emphytéotique de 9 à 14 ans auquel il mettra fin en 1965. La ville se voit attribuer alors 40 % des logements et la totalité des espaces publics, contre 60 % aux H.B.L.. Le maître d'œuvre de ce complexe immobilier est Jean Dubuisson (1914-2001), urbaniste et architecte renommé, grand prix de Rome en 1945, connu pour ses réalisations architecturales à Sarrebruck et la construction de 20 000 logements sociaux après-guerre.

• Enfin, une troisième tranche est réalisée en 1964. Pour construire leurs 190 logements, les H.B.L. perçoivent des crédits de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (C.E.C.A.), créée à l'instigation de Robert Schuman par le traité de Paris du 18 avril 1951. Sur ces crédits, 74 logements sont construits le long des rues existantes, sur une bande de terrain restée disponible ainsi que sur des rues en impasse, nouvellement créées. Il s'agit essentiellement des rues Charles de Foucauld et du Québec.


La métamorphose du site : 1980-1990


Au départ des Canadiens en 1964, les logements sont repris par la ville qui les loue à des particuliers, cadres et ouvriers. Jusqu'au milieu des années 1980, la ville de Saint-Avold partage avec les H.B.L. la propriété des immeubles collectifs du quartier du Wenheck dont l'état nécessite, après 20 ans d'occupation, une entière réfection. Cela concerne pour la ville 176 logements ex-canadiens. S'y ajoutent après le partage avec les H.B.L., les 72 logements collectifs de la rue du commandant Charcot. Ce sont en tout 248 logements répartis sur six immeubles qui doivent être restaurés.

En 1984, sous l'impulsion de la municipalité, est entreprise la première grande opération de réhabilitation du quartier. Pour 1 franc symbolique, les locataires sont propriétaires de leur appartement, à charge pour eux de participer à la rénovation extérieure et intérieure de l'immeuble. La réhabilitation touche les sanitaires, l'électricité, l'isolation, la menuiserie et la régulation individuelle du chauffage. Les logements bénéficient d'agréments avec la création de balcons, terrasses et jardins, de même qu'une architecture structurée avec arcades et balcons-belvédères. Au début des années 1990, l'Office Public d'Aménagement et de Construction de Metz (O.P.A.C.), achète au franc symbolique les deux immeubles des rues Guynemer et Dupleix, de même que ceux de la rue Charcot, en vue de leur remise en état totale. Toutes ces actions contribuent à un mieux-être de la population, à une meilleure qualité de vie tendant à limiter les problèmes liés aux grands ensembles.


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La chapelle Saint-Jean



La chapelle Saint-Jean du Wenheck


Avec l'arrivée des Canadiens, la cité du Wenheck s'édifie peu à peu. Devant l'afflux de croyants et vu l'éloignement des lieux de culte existants (basilique et église paroissiale), un premier lieu de culte catholique provisoire est aménagé en mars 1955 dans un ancien grenier à foin de la ferme Neu, mis gratuitement à disposition par les propriétaires, pouvant accueillir près de 200 fidèles. Une messe y est dite tous les dimanches à 10h30. Le quartier du Wenheck est alors desservi par l'équipe pastorale du centre dirigée par Georges Klein, curé-archiprêtre (1905-2003). L'aumônier canadien lit aussi une messe en langue anglaise tous les matins à 9h30. En mars 1957, 450 familles catholiques, françaises et canadiennes, vivent dans le quartier. Le conseil de fabrique envisage la construction d'une chapelle métallique plus vaste par la société Fillod de Florange. Celle-ci est inaugurée le 22 décembre 1957.

Au mois de novembre 1996, un certain nombre de défaillances apparaissent dans la structure métallique de la chapelle provisoire. À la suite d'un rapport commandé par la municipalité, le maire François Harter prononce, par arrêté en date du 22 novembre 1996, la fermeture de l'édifice pour raison de sécurité. Il est décidé de construire un nouvel édifice. Le 16 septembre 1997, le Conseil de fabrique de la paroisse Saint-Nabor émet un avis favorable à la construction d'un nouveau lieu de culte à l'emplacement de la chapelle, démolie dans l'intervalle. Après quelques délais, une belle église, vaste et aérée est construite selon les plans de l'architecte du projet, Claude Fromholtz. De conception moderne, son architecture est dominée par deux symboles : la nef et la salle dessinent la forme d'une colombe de la paix; une colonne solide, derrière l'autel, donne quant à elle, l'idée d'un grand « arbre de vie ». Placée sous le vocable de Saint-Jean, cette belle chapelle est inaugurée le 20 février 2000 par Pierre Raffin, évêque de Metz, en présence d'une assistance très nombreuse.


Un demi-siècle d'existence


Le quartier du Wenheck qui a fêté en 2005 ses cinquante années d'existence a pleinement réussi sa mutation. Il est l'un des plus jeunes quartiers de la ville à l'histoire particulière. Cité canadienne rachetée par les Houillères du Bassin de Lorraine, le quartier du Wenheck se caractérise aujourd'hui par la jeunesse de son tissu social et son dynamisme. Il est une des composantes essentielles du développement et de la croissance de Saint-Avold.




Extraits de la brochure réalisée par la Ville de Saint-Avold
- Service des Archives –
"Le quartier du Wenheck : Un demi-siècle d'existence : 1955 - 2005"


Conception et mise en page : Bernard Becker