lamerle

La source de la Merle (sortie des eaux pluviales et process de la plate-forme de Carling -Saint-Avold)




DOIT-ON DIRE LE OU LA MERLE ?


Depuis une cinquantaine d’années, il est d’usage courant d’utiliser l’article masculin pour désigner le ruisseau ou la vallée du nom de « Merle ». Or cet usage, largement répandu parmi la population ou les instances politiques locales est totalement erroné. Il convient de s’interroger sur cet étrange changement de genre grammatical.

Tous les autochtones dialectophones de la région ont toujours appelé leur ruisseau « Die Merl ». Après 1945, la francisation de gré ou de force était à l’ordre du jour. Les francophones, souvent des employés des HBL, ont fait le rapport avec le merle, l’oiseau, et changèrent petit à petit le genre de l’appellation. Ce changement s’imposa car quelques instituteurs, plus royalistes que le roi, suivirent le mouvement. Il en résulta que dans certaines écoles de Merlebach et de Freyming on enseigna « le Merle » et dans d’autres, « la Merle ».

Le respect de la tradition linguistique germanique ou le simple bon sens auraient dû jouer car, en France comme en Allemagne, les cours d’eau, à quelques exceptions rarissimes – « le Rhin, der Rhein » ou « le Rhône, die Rhone » - sont tous du genre féminin. Toutes les rivières de la région le sont également : « die Rossel, la Rosselle», ou « die Nied, la Nied», « die Saar, la Sarre », « die Mosel, la Moselle », etc.

La Merle et l’histoire


L’histoire vient à notre rescousse car des documents de toutes époques attestent l’emploi ancestral du féminin :
- les ancien plans et cadastres les mentions de « vallée de la Merle ». Il en va de même dans ce type de pièces rédigées en allemand sous le vocable « die Merle ».
- dans le Livre de la Justice de Merlebach, il est fait déjà fait mention dans un acte de 1618 du lieu-dit « au-delà de la Merle ».
- pour Freyming, l’extrait du conseil municipal daté du 31/12/1918 stipule que « les rues seront nommées comme suivant, rue de la Merle, etc. » Cette rue existe toujours.
- nous pouvons aussi citer le journal édité à Merlebach de 1929 à 1939, portant le nom de Courrier de la Merle.
- pour Merlebach, et ceci jusqu’à la fusion intervenue en 1971, il existait une rue de la Merle à la cité Sainte-Barbe, aujourd’hui dénommée rue Gambetta.

La toponymie


Plusieurs études ont été consacrées au nom « Merle ». La première est celle de Max Besler, professeur au lycée de Forbach, publiée dans deux ouvrages en 1888 et 1891 sous le titre « Die Ortsnamem des lothringischen Kreises Forbach ». Ces livres, en langue allemande, recensent l’origine étymologique des noms des villages et lieux-dits de l’arrondissement de Forbach et mentionnent « Die Merle » et non « Der Merle ». D’après ces ouvrages, le nom de la Merle serait probablement issu du vieux haut allemand. En effet, nous avons dénombré des mots comme « Muor, Mör, Morast, Sumpf » qui signifient marécages, auxquels le suffixe « ila » fut ajouté pour former les termes de Mörila, Mörile, Mörle Merle. Ainsi, Merle signifierait « ruisseau se déversant dans une étendue marécageuse ».
Mais le Prof. Dr. Haubrichs de l’université de Sarrebruck, s’il affirme que ce nom est déjà attesté depuis le XIIe siècle sous la forme « Merle », le fait remonter à l’époque pré-germanique, le rattachant à une origine indoeuropéenne : ·Morilâ qui s’expliquerait, par une dérivation avec un suffixe en -l- d’une racine mori › mari
׳ mer, eau stagnante » (1).

Les sources de la Merle


La Merle prend source dans la forêt du Zang, près de Saint-Avold, de la convergence de trois rus s’écoulant dans des prairies marécageuses. Le terme « Zang » ou « Sang », que nos anciens prononçaient Zông en dialecte, vient du mot germanique « Sengen » signifiant défricher par le feu. (Seingbouse en est un autre exemple). Une version fantaisiste parmi d’autres, hélas reproduites ici ou là, voudrait que Zang signifie « tenaille»…
Les trois sources de la Merle sont les suivantes:
- La première se situe « Am Dreihausenweiher » dont la traduction est : « à l’étang des trois maisons », mais dont le sens a été déformé aux cours des siècles par le langage populaire. En effet, à l’origine, ce terme désignait une prairie marécageuse où le ruisseau prenait une de ses sources.
- La deuxième a pour nom « Am Todtenmannspfuhl ». C’est un lieu-dit des plus étranges dont le sens n’est cependant pas celui « d’homme mort ». Une étude étymologique complexe a démontré que cette dénomination est une déformation de « Sumpfwasser », eau marécageuse.
- La troisième source est le « Hasenlach ». Ce mot « Hasel » ou « Hasen », le noisetier, auquel est ajouté le suffixe « lach » qui signifie trou d’eau. Il s’agit donc d’une mare entourée de noisetiers.
Par ailleurs mentionnons également, pour Merlebach, l’existence d’un lieu-dit « Hesselach » et l’actuelle rue St-Nicolas anciennement dénommée « Todtenmannsweg ». Si deux endroits de Merlebach portent ainsi un nom apparenté à deux sources de la Merle, il faut y voir une simple coïncidence.
La Merle subsiste, pour l’essentiel grâce aux eaux pluviales et celles de la plate-forme chimique de Carling - Saint-Avold, les anciennes sources étant taries, conséquence de l’exploitation minière.
Mais avec la fin de l’activité des Houillères dans notre région, la vallée de la Merle, va peut-être revenir à son aspect originel grâce à de « petites bêtes » appelées crapauds et plus scientifiquement pélobates verts ou bruns (crapaud qui peut s’enfoncer dans des sols meubles) ou d’autres animaux un peu plus imposants appelés « singularis porcus » ou sanglier.


La Merle donne son nom à Merlebach


Merlebach, dont la création se situe vers 1590, tire son nom de celui de son ruisseau.
Dans un acte, daté de 1593 (2), il est fait mention pour la première fois du nom de Merlebach : «zum ersten Mal das neue dorf an der Mörle welches, Mörlenbach genannt sollte ». De même la charte de fondation de Freyming datée du 20 septembre 1602 fait référence, dans son préambule, au nouveau village voisin de Freyming, Merlebach : « das neüw dorf Merelburgk »


(1) Sources monastiques du Haut Moyen Âge provenant de St-Nabor : listes des moines, séries des abbés, martyrologe.
(2) Landesarchiv de Sarrebruck.

Solange et Gérard WACK




lamerle2

La Merle et la Rosselle se rejoignent sous le pont de l'autoroute de Merlebach route de Betting