FÊTES ET TRADITIONS - III -
par Pascal Flaus




LE MOIS DE MARIE



La dédicace d’un mois à une dévotion particulière est une forme de piété populaire relativement récente dont on ne trouve guère l’usage général avant le XVIIIe siècle (le mois de saint Joseph, en mars ; le mois du Rosaire, en octobre ; le mois du Sacré-Cœur, en juin…)

Le "
mois de Marie" qui est le plus ancien de ces mois consacrés, vit le jour à Rome, autour du collège romain des Jésuites, d’où il se diffusa dans les États Pontificaux, puis dans le reste de l’Italie et enfin dans toute la catholicité après 1784. La promotion du "mois de Marie" doit beaucoup aux Jésuites et aux Camilliens . Ces ordres renouèrent avec une tradition médiévale de représentation de la Vierge Marie symbole du renouveau printanier.

Grâce à ces ordres, la dévotion mariale au mois de mai atteignit la France à la veille de la Révolution. Louise de France, fille de Louis XV et prieure du carmel de Saint-Denis, fit traduire le livre du père Lalomia dont elle fut une zélée propagatrice. Dans cet ouvrage consacré au mois de Marie, patronne de la France et protectrice du trône de saint Louis, son auteur, comparait la Sainte-Vierge "
à une belle fleur, embaumée de la grâce divine, dont le parfum se répand sur toute la terre, et dont le fruit est le saint Enfant Jésus, notre Dieu et notre Sauveur… ". Cette dévotion mariale n’eut un caractère général qu’avec les missions populaires de la Restauration, après qu’elle fut officiellement approuvée et enrichie de trois cent indulgences par le Saint-Siège le 21 novembre 1815.

Une liturgie baroque venue de Ferrare en Italie se développa progressivement en Europe centrale avec un premier office marial célébré à Munich dès 1841, puis en Lorraine germanophone après 1850. Des cérémonies appelées "
Maiandachten" se déroulaient tout le mois de mai, généralement à l’église paroissiale le soir après la fin des travaux des champs. Elles se composaient de cantiques et de la récitation de la litanie de la Vierge et d’une dizaine de chapelet. Très populaires auprès de la jeunesse, elles connurent un grand succès à la fin du XIXe siècle dans les campagnes grâce aux confréries mariales. Des petites couronnes de fleurs des champs tressées furent confectionnées par les jeunes filles de la paroisse et offertes à la Vierge durant ces offices. Dans de nombreuses demeures, les particuliers installaient de petits autels à la Vierge, et on y priait le chapelet en famille.

Le culte marial en Pays Naborien est bien antérieur à cette dévotion baroque. Il fut favorisé par les abbayes bénédictines, et la contre-Réforme catholique qui se propagea dans le duché de Lorraine, dans une région proche du comté de Nassau qui avait embrassé le protestantisme au XVIe siècle qui niait absolument le culte marial. Un autel de la Vierge est mentionné à l’église paroissiale Saint-Pierre et Saint-Paul dès le XVe siècle ; une confrérie de la Vierge fut créée fin XVIème siècle.

Le duc de Lorraine René II introduisit la dévotion à Notre-Dame de Bon-Secours en Lorraine. Le 5 janvier 1477, il fut victorieux de Charles-le-Téméraire à Nancy. Il avait avant la bataille invoqué Notre-Dame et saint Nicolas et il fit vœu de soumission et, en souvenir de cette victoire,. il fit, en 1484, édifier une chapelle à Nancy, qu’il dédia à Notre-Dame de Bon -Secours. À partir du XVe siècle, son culte se développa dans le reste de la Lorraine et à Saint-Avold. Notre-Dame de Bon- Secours fut généralement invoquée par les chrétiens lors de batailles contre les protestants et les musulmans, à la bataille de Lépante en octobre 1570, durant la guerre de Trente Ans, ou au siège de Vienne en 1683.

Lorsque se développa le luthéranisme dans le comté de Nassau voisin en 1570, une chapelle : la "
Valmerkapelle" fut érigée par l’abbaye bénédictine. Celle-ci, située en limite des territoires des paroisses de Saint-Avold et de Valmont, fut consacrée à Notre-Dame de Bon-Secours ou "Maria Hilf der Christen" en souvenir de la fidélité des habitants de Saint-Avold à la foi catholique. Selon la tradition, les dévotes de la cité n’avaient-elles pas chassés des prédicateurs protestants de la ville !!!! Cette chapelle fut agrandie par Vauban, au moment de la construction de Sarrelouis en 1680, mais fut détruite pendant la Révolution à l’exception de la statue de Notre-Dame, sauvée par une femme qui l’avait soustraite aux révolutionnaires de la ville. La commémoration officielle de la fête sous le nom d’ "Auxillium" ou "Schutzmantelfest" fut instaurée par le Pape Pie VII, le 24 mai 1814, pour remercier Notre-Dame de Bon-Secours de l’avoir libéré des griffes de Napoléon. Au XIXe siècle, sous l’influence des Salésiens, cette dévotion connut un développement considérable et de très nombreux pèlerins venant de Lorraine et de Sarre, affluèrent à "Maria Hilf" pour y vénérer l’image de Notre-Dame de Bon-Secours.

(Pour l’histoire détaillée de la Basilique et de son pèlerinage voir l’article paru dans la rubriqu "Le patrimoine" ou cliquer ICI)


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Noir et blanc : pèlerins se rendant en procession de l’abbatiale à la basilique – Début XXe siècle.
Couleur : Notre-Dame de Bon-Secours (© Photo André Pichler)


Les cantiques

1. Magnificat
https://www.youtube.com/watch?v=ljpRxlGHus8

2. Salve Regina (Salut, ô Reine)
https://www.youtube.com/watch?v=iCnR3cOLAnI

3. Stabat Mater Dolorosa
https://www.youtube.com/watch?v=HJ_nGZU439g

4. Maria zu lieben
https://www.youtube.com/watch?v=UJyHcWe0Arg&list=PL7D2816F20D89F252

5. Segne Du Maria, Schwestern Samariterinnen FLUHM
https://www.youtube.com/watch?v=MbB2D1gZ7lo&list=PL7D2816F20D89F252

6. Lorenz Maierhofer, SEGNE DU, MARIA - gemischter Chor SATB
https://www.youtube.com/watch?v=3Mx3Mo_qWk4&list=PL7D2816F20D89F252

7. Chez nous soyez Reine !
https://www.youtube.com/watch?v=Bfr_ipvXxuE

8. J'irai la voir un jour
https://www.youtube.com/watch?v=dJBr6vmIdy4&list=RDAEH6tOFNIPg

9. Ave, ave, ave Maria : the Lourdes hymn
https://www.youtube.com/watch?v=AZOK77XWh8o

10. Marienlied : Es blüht den Engeln wohlbekannt
https://www.youtube.com/watch?v=rxEChcOvn30&feature=em-share_video_in_list_user&list=PL7D2816F20D89F252







Le culte du Saint-Sacrement et la Fête-Dieu à Saint-Avold
des origines à la Révolution Française


1. La Fête-Dieu : une dévotion à l’origine liégeoise qui se diffuse à toute la chrétienté d’occident


La fête du Saint-Sacrement est d’origine relativement récente . Elle remonte au XIIIe siècle. Il ne faudrait pas conclure de là, qu’auparavant, l’eucharistie n’était l’objet d’aucun culte spécial. Chaque messe, chaque communion comportent de multiples actes d’adoration de Dieu. La célébration de la messe et de la communion ont été créées au IVe siècle. Le Jeudi saint (
Gründonnerstag en Lorraine allemande) solennise l’institution de l’eucharistie par le Christ en 33. L’épître de cette messe, un extrait d’une lettre de saint Paul aux Corinthiens, rappelle éloquemment cette célébration. Au XIIe siècle, le jeudi précédant Pâques reçoit le nom de "Natalis Calicis" pour commémorer le calice eucharistique. Avec une solennité plus ou moins grande, une hostie consacrée lors de la messe du Jeudi saint est déposée à la fin de l’office sur un autel reposoir ; elle est consommée le lendemain, Vendredi saint, par le célébrant et les fidèles, au cours d’une cérémonie de l’adoration de la croix qui ne comporte ni messe ni consécration. Ce culte s’inscrit dans le Triduum pascal et ne permet pas une célébration spécifique importante la veille du Vendredi saint, jour de jeûne et d’abstinence.

En 1230, Jacques Pantaléon, le futur pape Urbain IV, évêque de Verdun puis archidiacre de Liège, rencontre dans cette ville Julienne de Cornillon (1193-1258), religieuse cistercienne directrice d’une léproserie. Celle-ci a des visions depuis 1209, dans lesquelles elle aperçoit le disque de la lune auquel il manque un segment. Dieu lui a fait comprendre par la tache qui obscurcit une partie de sa clarté signifiait qu’il manque une fête à l’Eglise militante, que le Jeudi saint est bien une fête du Saint-Sacrement des autels, mais qu’il faut instaurer une nouvelle solennité pour trois raisons : affirmer la foi, y trouver lumière et force et réparer les irrévérences. La religieuse sait convaincre l’archidiacre de Liège de l’importance de ses visions. À la suite de quoi, en 1246, le prince évêque de Liège, Robert de Thourotte autorise, par un synode spécial, une fête spécifique dédiée au Saint-Sacrement dans son diocèse et la fixe au jeudi suivant la Sainte Trinité.

En 1263, Urbain IV, qui a été élu pape le 29 août 1261, entend parler du miracle de Bolséna : en route pour Rome, Pierre de Prague, prêtre allemand qui doute de la présence du Christ dans l’eucharistie, célèbre une messe à Orvieto (Ombrie) ; lors de la consécration, l’hostie prend une couleur rosée et des gouttes de sang tombent sur le corporal et le pavement. Le prêtre interrompt la messe et en appelle au pape. Ce miracle bouleverse le saint père et le convainc définitivement : il institue la Fête-Dieu par la bulle
Transiturus de hoc mundo du 11 août 1264 et charge le dominicain saint Thomas d’Aquin (1224-1274), résidant à Orvieto, de composer l’office de cette fête. Elle est fixée à un jeudi pour se rappeler le Jeudi saint et placée après l’octave de la Pentecôte. Comme l’affirme saint Thomas d’Aquin : « C’est l’époque où le Saint-Esprit forma le cœur des apôtres à la pleine intelligence des mystères de ce sacrement, et celle où les fidèles ont commencé à y participer ». Au concile de Vienne (octobre 1311-mai 1312), Clément V renouvelle la constitution d’Urbain IV et étend la fête à l’Eglise d’occident. Le pape Jean XXII lui octroit une octave en 1318. Le nom officiel de la fête est Festum Sanctissimi Corporis Christi ou fête du très saint corps du Christ. Ce culte devient très populaire en occident et prend en France le nom de Fête-Dieu. En Lorraine allemande et dans le reste de l’espace germanique, on l’appelle Fronleichnam (de Fron, seigneur, et Leichnam, corps). Le terme de Fronleichnam remplacera la désignation latine de Corpus Christi dans le Stadtrecht de Saint-Avold à partir de 1580.

Urbain IV, dans la bulle instituant la Fête-Dieu, ne parle pas de procession. Cette dernière est établie par le pape Jean XXII en 1318. La fête du Saint-Sacrement devant être un prolongement du Jeudi saint, il est naturel d’y joindre une procession analogue à celle du transport de la Sainte Réserve au reposoir. Mais elle devra être plus solennelle, plus glorieuse et se faire non à l’église, mais dans les rues et sur les places publiques. Très vite, cette pratique devient très populaire et se développe. Les papes Martin V (1429) et Eugène IV accordent des indulgences à ceux qui participèrent cette procession. À Metz, lors d’un synode diocésain tenu par l’évêque Adhémar en 1355, la date de célébration est précisée : "
feria quinta proxima post octavem festi sanctissimi Sacramentis altaris" (le jeudi qui suit l’octave de la fête du Saint-Sacrement). L’année suivante, un synode donne la même précision.

Contrairement aux processions de la Purification, des Rameaux et des Rogations qui précèdent la messe, la procession de la fête du Saint-Sacrement suit la célébration de la messe. Le célébrant y consacre deux hosties : il consomme l’une à la communion, l’autre est gardée pour être solennellement portée en procession. Tout au long de la procession, les fidèles chantent les hymnes
Pange lingua, Sacris solemnis, Verbum supernum, Salutis humanae sator, Aeterne rex altissime, Te Deum, et les cantiques Benedictus et Magnificat.

Au XVIIIe siècle, à Saint-Avold, les premiers cantiques sont chantés en langue vernaculaire, c’est-à-dire en allemand. Ce sont très souvent les confréries qui en sont les intermédiaires actifs et qui diffusent le chant en langue vernaculaire dans toute la région germanophone. Dès 1728, les membres de la confrérie du Saint-Sacrement de Fénétrange font paraître à Strasbourg leur
Gebet Büchlein der aufgerichteten Bruderschafft des Hoch-Heiligen Sacrements des Altars. Ce petit opuscule contient des chants en allemand. Le développement général du cantique dit baroque au XVIIIe siècle est favorisé par les évêques lorrains. De nombreuses compositions locales émanent d’ecclésiastiques tel l’abbé Christophe Salzmann (1732-1791), originaire de Sarralbe, qui publie en 1765 son Liederbuch : sur quatre-vingt-un cantiques en allemand, l’auteur en propose sept à la dévotion du Saint-Sacrement. La plupart des cantiques sont soit des traductions de chants latins, soit de nouveaux textes adaptés à des mélodies latines connues. En voici la liste exhaustive : Das Heil der Welt (Le salut du monde) ; Herr Jesus Christi (Seigneur Jésus) ; In Hostia warhaftig ist (Dieu véritable présent dans l’hostie), d’après le cantique Verbum supernum ; Erfreue dich mein Herz (Réjouis-toi mon cœur), d’après le cantique Sacris Solemnis ; Vor Christi Leichnam zart (Adorons le très doux corps du Christ), d’après le chant latin Pange Lingua ; Mein Zung erklung und fröhlig sing (Chantons et louons le seigneur) ; O Jesus, liebster Jesus (O Jésus, doux Jésus). Jean Nicolas Philippe, prêtre originaire de Folkling (1732-1809), dans son Katholishes-Lehr-Gebett-Gesang und Schulbuch, propose aussi de nombreux cantiques à la dévotion du Saint-Sacrement. Les ouvrages du capucin Martin de Cochem (1634-1712), dont les plus populaires sont le Baumgarten, le Myhrrengarten, le Güldener Himmelschlüssel, le Meßerklärung et le Leben Christi, sont des livres de mission qui font aussi une place très importante à la dévotion au Saint-Sacrement. Cette dévotion est encore propagée par le jésuite luxembourgeois Jean Bertholet (1688-1755), historien du duché de Luxembourg qui publie en 1746 une Histoire de l’institution de la Fête-Dieu avec la Vie des bienheureuses Julienne et Eve toutes deux originaires de Liège.

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Extrait de l’édition de 1761 du Baumgarten consacré à une prière au Saint-Sacrement pendant la bénédiction.


2. Le culte du Saint-Sacrement à Saint-Avold

Les archives paroissiales et évêchoises ne nous donnent que très peu d’informations sur les origines du culte du Saint-Sacrement dans la paroisse. Une confrérie du Saint-Sacrement est fondée à Saint-Avold en 1518, approuvée par l’évêque de Metz, le cardinal Jean IV de Lorraine (1498-1550) . Mais les premiers registres de cette confrérie disparaîtront à la Révolution . Nous ignorons donc si la procession de la Fête-Dieu est antérieure ou postérieure à la création de cette confrérie. À partir du XVe siècle, les allusions à la procession de la Fête-Dieu deviennent fréquentes à Metz et dans le diocèse . La situation particulière de la paroisse de Saint-Avold, rattachée par l’évêque de Metz, Etienne de Bar, à l’abbaye en 1140, confère à cette dernière un rôle éminent dans l’organisation des cultes et des processions de la paroisse. La tradition établie à Saint-Avold veut que le père abbé organise la procession après la messe dominicale, célébrée à l’église de l’abbaye. Le dimanche suivant l’octave, la procession est organisée par l’abbaye, l’après-midi après les vêpres. Il est évident que la confrérie du Saint-Sacrement, dont c’est l’objet, participe massivement à la diffusion de cette dévotion. Le recueil des droits de la ville de Saint-Avold (Stadtrecht), codifié définitivement en 1580, parle de la Fête-Dieu en ces termes : « Le jour de la Fête-Dieu, l’abbé, le couvent et le curé marchent en procession avec les bourgeois, les quatre échevins de justice qui portent le dais. Le père abbé porte le Saint-Sacrement en faisant le tour de la ville […] L’abbé invite ensuite le conseil de ville à un repas. La ville offre les quatre pots de vin en la circonstance ». La procession semble alors bien établie dans la paroisse. Quelques renseignements nous sont donnés grâce aux dépenses ordinaires de la ville. En 1592, Heinrich, charpentier, répare le dais. C’est Huart, maître-charpentier de Metz, qui le restaure en 1596 . Le culte du Saint-Sacrement avec la procession de la Fête-Dieu sont encouragés par le Concile de Trente (1545-1563) qui réforme en profondeur l’Église catholique. Les pères conciliaires déclarent « très pieuse et très sainte la coutume de porter l’auguste sacrement en procession à travers les rues et les places publiques avec pompe et honneur ».

La dévotion au Saint-Sacrement prend encore de l’ampleur au moment de la contre-réforme. Elle est perçue comme une réaction organisée contre le protestantisme, car les protestants nient la présence du Christ dans l’eucharistie. En 1575, la conversion des comtes de Nassau, avoués des évêques de Metz, à la réforme protestante entraîne leur éviction politique de la seigneurie de Hombourg-Saint-Avold et sa vente au duché de Lorraine en 1581. Saint-Avold se trouve en première ligne, face au monde protestant. La paroisse, qui a pour annexe le village de l’Hôpital, pour une part possession nassauvienne, fait frontière avec les terres du comté de Sarrebruck où des pasteurs entreprenants occupent les postes délaissés par les prêtres catholiques dans les paroisses du Warndt. Charles de Lorraine (1567-1607), évêque de Metz, refond la confrérie et la dote de nouveaux statuts. Le pape Paul V les confirme par une bulle spéciale donnée à Rome le 9 août 1615. De nombreuses indulgences sont accordées aux adhérents, le jour de leur entrée, les dimanches dédiés au Saint-Sacrement, le Jeudi saint, lors des jeûnes observés aux Quatre Temps, à la veille du premier dimanche de carême, à la Pentecôte, à la Sainte-Croix et à la Sainte Lucie. Le 16 mars 1677, le pape Innocent XI (1611-1689) étend encore les indulgences au 2 février (
Maria Lichtmess), à l’Annonciation et à la Saint-Jean-Baptiste. Dans une petite histoire de la confrérie publiée en introduction au livret de prière, on lit : « Cette confrérie connaît un succès immédiat. Les bourgeois, marchands, commerçants, les membres de la noblesse, le clergé adhèrent avec un grand nombre d’habitants des campagnes environnantes ». En 1620, la ville commande 900 hosties au marchand Nickel Bannbecker pour la seule fête de Corpus Christi. On peut estimer le nombre des fidèles adhérents à 1 500 personnes.

Les statuts de la confrérie précisent les devoirs des membres. Le jour de sa réception, le nouvel entrant se confesse. Il reçoit la communion à genou, un cierge blanc allumé à la main, puis devant toute la confrérie assemblée, il prononce le serment rituel : «
So wohl durch mich als Ihre untergebenen, Christum den Herren im Heiligen Sakrament nach Möglichkeit zu loben, zu verehren und anzubeten ». Le confrère prononce ensuite une prière, véritable acte de foi en l’Église catholique et de soumission au pape. Il jure aussi de combattre les œuvres et les fausses idées (hérésies) rejetées par l’Église catholique avec l’aide de Dieu, des saints et de ses confrères.

Un membre de la confrérie a de nombreuses obligations. Il doit être assidu aux offices, messes et vêpres, être présent à la messe hebdomadaire du jeudi, aux Quatre Temps, au Jeudi saint, et participer aux processions du Saint-Sacrement. Les membres ont le privilège de communier plus souvent que les autres fidèles de la paroisse. En bons chrétiens, les confrères se doivent aide et assistance. Lorsqu’un des membres tombe malade, le maître de la confrérie, accompagné de confrères, escorte le prêtre qui apporte la communion ou le viatique. Au décès d’un membre, la confrérie prend en charge les frais d’enterrement et d’inhumation. Elle bénéficie de grandes rentrées d’argent grâce au produit de huit quêtes exclusives organisées à l’office principal du dimanche, ainsi qu’au paiement des droits d’entrée dans la confrérie, des dons et héritages de ses membres et des fondations de messes ; ces revenus très importants sont administrés par un maître et un receveur élus.

La disparition des livres de comptes de la confrérie, détruits à la Révolution, ne nous permet qu’un aperçu incomplet de ses biens. Le 1er mars 1701, la confrérie naborienne vend pour 500 francs de Lorraine tous les biens mobiliers et immobiliers que le maître-boucher Sebald Wahl lui a légués à Freyming . Elle profite d’une conjoncture économique favorable de reconstruction de la ville au retour du duc Léopold dans ses États de Lorraine après 1698. L’absence de banques et une certaine « famine monétaire » expliquent les prêts consentis aux habitants par les trois confréries religieuses naboriennes (Vierge, Trépassés, Saint-Sacrement), l’Hôtel-Dieu, les ordres bénédictins, la paroisse et certains nobles. Les revenus ou capitaux circulant sont ainsi réinvestis et prêtés sous forme de constitution de rentes passées devant notaire. Dans ce type de contrat, le débiteur, pour constituer une rente au profit du préteur, lui aliène tout ou partie de son capital. De 1721 à 1780, la confrérie prête 5 535 livres barrois à trente-cinq bourgeois de la ville. Nous ignorons si ces débiteurs sont des confrères. La plus grande partie des prêts sont octroyés entre 1721 et 1737 à vingt et une personnes, artisans et commerçants modestes. Les sommes prêtées varient de 20 à 300 livres de Lorraine. La rente, c’est-à-dire la somme à rembourser, assortie de 5 % d’intérêts, est versée la veille de la Fête-Dieu. Le débiteur engage des biens mobiliers ou immobiliers et deux témoins, souvent amis ou parents, se portent garants. L’argent est versé au receveur de la confrérie qui, en tant que gestionnaire des biens, rend des comptes tous les ans à l’assemblée de la confrérie, le dimanche de l’octave de la Fête-Dieu, après la procession. Cependant, lors de la reprise en main générale de l’hôtel de ville en 1771 et de la paroisse en 1774, le procureur du roi Nicolas Pascal Gérardy, constatant le non-respect de certaines règles, propose une réforme générale des trois confréries religieuses de la paroisse. Il note à propos de celle du Saint-Sacrement : «
Les règlements de la confrérie ne sont pas observés, les élections sont aussi rares que les redditions des comptes […] il y a des maîtres qui se sont trouvés redevables de sommes considérables […] Il y a eu des capitaux perdus, des titres et papiers qui se trouvent dispersés […] ». La situation étant à peu de chose près la même pour les deux autres confréries, Gérardy ordonne que toutes les trois contribuent, à la place de la ville, au paiement du personnel employé par la paroisse : organiste, bedeau, souffleurs d’orgues, chantres. Un jour fixe et annuel de reddition des comptes est imposé aux trois confréries, la Saint-Jean-Baptiste, avec présence obligatoire de quatre officiers de l’hôtel de ville, de quatre échevins de la paroisse et du curé. La confrérie, importante par le nombre de ses membres, autour de 1000 en 1790, est un groupe de pression qui compte au sein de la paroisse.


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Bénédiction de la foule place du Marché.
On remarquera à droite de la photo le dais du XVIIIe siècle, détruit après la suppression de la procession.


3. La procession de la Fête-Dieu,
démonstration de force du catholicisme tridentin naborien et lieu d’affrontements de ses composantes (1650-1792)


La procession de la Fête-Dieu se développe de manière très importante durant la deuxième moitié du XVIIe siècle. Mais, durant les années de reconstruction de la ville (1660-1690), la paroisse, trop pauvre, est directement administrée par l’abbaye en l’absence de prêtres séculiers de 1651 à 1665 et ne peut subvenir à ses besoins. C’est donc la ville qui supporte les divers frais d’organisation, comme, par exemple, l’achat d’un nouvel ostensoir pour 326 francs, en 1665 . Elle assure aussi le maintien de l’ordre durant la procession.

En 1660, elle enjoint les trois maîtres des corporations, bouchers, tanneurs et tisserands, de surveiller les garçons célibataires chargés de tirer des salves lors de l’élévation et de la bénédiction du Saint-Sacrement. En effet les comptes de ville citent des jeunes apprentis et des enfants qui participent à l’animation de la Fête-Dieu et perçoivent une obole de 4 francs pour cet emploi. En 1680, c’est encore la ville qui rétribue les 25 garçons célibataires «
die zu ehren dem Heiligen Hochwürdigen Sakrament geschossen habenn ». Mais, en 1681, la poudre utilisée pour les salves met le feu à la toiture de Peter Wilhelm . Cette tradition se maintiendra pourtant jusqu’à la Révolution . Les tireurs sont souvent membres de la confrérie de Saint-Antoine, Antonius Bruderschafft, créée au XVe siècle, qui, ayant survécu aux guerres, est confirmée par le duc Léopold qui la charge du maintien de l’ordre lors des jours de marchés ou de foires. Armés de fusils, les Buttiers, ou Antonius Brüder, forment une petite compagnie avec tambour et fifre. Leur uniforme est un habit gris avec des parements rouges . Leur rôle ne sera plus qu’honorifique après la création d’une vraie maréchaussée financée par le duché en 1710.

À partir de 1685 apparaissent aussi dans les comptes de ville trois joueurs de violon chargés d’accompagner la procession qui sont rétribués par le contribuable naborien. Quelques noms nous sont parvenus : de 1700 à 1730, Jean Marck et son fils Laurent assurent le service accompagnés de deux musiciens extérieurs ; ils seront remplacés dans les années 1740-1760 par Antoine Odendhal et Pierre Bergdoll de Saint-Avold.

La pauvreté relative de la paroisse jusqu’aux réformes de 1774 explique la prise en charge par la ville de frais de personnel comme le paiement des sonneurs et l’achat du luminaire (bougies) pour les cérémonies religieuses et les processions. La paroisse subit en 1717 un préjudice considérable suite au vol de très nombreux objets de culte, estimé à 6 000 livres de Lorraine. Devant l’ampleur du désastre, l’hôtel de ville décide d’acheter un ostensoir d’argent chez Mengin, maître-orfèvre messin, pour 1 600 livres de Lorraine. En 1731, la ville achètera aussi un nouveau dais estimé à 418 livres.

L’hôtel de ville continue à veiller à la sécurité de la procession et à son bon déroulement. Le 9 juin 1756, le procureur du roi Gérardy ordonne le nettoyage général des rues. Les bourgeois doivent faire enlever les décombres, fumiers et immondices sur le passage du Saint-Sacrement. Les contrevenants sont taxés d’une amende de 25 francs . Une tradition nouvelle s’impose après 1750 : les « trois valets de ville », chargés de la police municipale, sont vêtus tous les trois ans de nouveaux uniformes avec lesquels ils défilent. Une délibération municipale du 29 mai 1767 décrit ces tenues portées neuves à la Fête-Dieu : elles se composent «
d’un habit de culotte de drap bleu et vert, et le parement de drap rouge, ledit habit garni d’une croix de Lorraine aux armes de la ville en parement de laine jaune avec un chapeau bordé d’un galon de laine ».

La popularité du culte du Saint-Sacrement est telle que, souvent, à la demande des fidèles, le clergé procède à de nombreuses expositions hors offices. Le peuple attribue des vertus miraculeuses à l’hostie présente dans l’ostensoir. L’Église se voit donc obligée d’en réglementer le culte et de lutter contre la pratique qu’elle juge abusive de ces expositions multiples qui donnent lieu à des bousculades ou des tumultes. Elle en interdit l’exposition pendant un incendie, durant les enterrements ou à la communion. Elle en limite la vénération aux vêpres dominicales et à quelques messes du dimanche (
Hochamt) aux grandes fêtes de l’année liturgique, à Pâques, aux Rogations, à l’Ascension, à la Pentecôte, à la Fête-Dieu, à l’octave de cette dernière, à l’Assomption, à la Saint-Nabor, à la Toussaint et à Noël. Elle fixe le moment précis de la procession qui doit se faire après « l’aspersion de l’eau bénite et obligatoirement le dimanche matin après la messe ».

Les évêques tolèrent néanmoins un rituel propre à la paroisse de Saint-Avold qui se maintiendra intégralement jusqu’au début du XXe siècle . Lorsque la procession est terminée et que tous les fidèles s’en retournent dans l’église abbatiale pour la bénédiction finale, le père abbé, qui porte le Saint-Sacrement, avant de déposer l’ostensoir sur l’autel s’arrête trois fois, à l’entrée de l’église, au milieu de la grande nef et enfin vis-à-vis de la chaire à prêcher. À chaque arrêt, les enfants de chœur et les nombreuses jeunes filles qui précèdent le dais porté par le maire et son conseil se retournent vers le Saint-Sacrement, s’agenouillent et chantent trois fois le cantique
O Salutaris sur un ton de plus en plus élevé, comme le cantique Lumen Christi le Samedi saint. Le prêtre va à l’autel. Après les encensements d’usage, les chœurs chantent le Tantum Ergo en allemand, puis le prêtre monte sur le marchepied de l’autel, prend l’ostensoir et se retourne vers les fidèles en chantant le Tantum Ergo en latin. Après quelques minutes de silence, le chœur des enfants, les chorales et les fidèles répètent trois fois « Heilig, Heilig, Heilig, immer Heilig, ist Jesus Christus ohne End, in dem heiligsten Sacrament», puis tous chantent trois fois le refrain « Verlaß uns nicht O Herr, Jesus du süssester, Jesus du süssester » ; le prêtre donne alors la bénédiction finale aux très nombreux fidèles présents.

L’organisation de la procession de la Fête-Dieu s’inscrit dans les jeux sociaux et les autorités civiles et religieuses tiennent à marquer de leur présence cette gigantesque manifestation religieuse et populaire qui leur apparaît comme une projection visuelle des hiérarchies temporelles. Chaque autorité, chaque corps constitué veut marquer sa présence et affirmer sa supériorité. À Saint-Avold, durant tout le XVIIIe siècle, les conflits, nombreux, sont principalement liés à l’opposition entre le monastère des bénédictins et la paroisse sur le droit même de l’organisation de la Fête-Dieu. Selon les règles établies dès le Moyen-Âge, il revient au père abbé d’organiser les offices du Vendredi saint et de la Fête-Dieu. Cette coutume propre à Saint-Avold agace ses habitants et le clergé local qui tentent de s’y soustraire. Jean Hièronimy, curé de Bambiderstroff, déclare dans le procès-verbal d’une visite canonique du 18 décembre 1742 : «
Il y a dans la paroisse de Saint-Avold un usage assez ancien qui paraît être un véritable abus. Le jour de la Fête-Dieu, le dimanche pendant l’octave et le jour de l’octave, il ne se chante point de messe en ladite église paroissiale et la procession et le service desdits jours se fait en l’église de l’abbaye seulement et par les religieux de ladite abbaye en sorte que le sieur curé n’a pas l’occasion pendant ces jours d’instruire le peuple et de l’exhorter à la dévotion voulue par l’Église ». Barthélémy Traize, curé de la ville de 1743 à 1763, tente d’organiser la procession de son propre chef, soutenu par la paroisse. L’abbé engage une procédure judiciaire et fait dresser un procès-verbal. Il poursuit la paroisse dans un procès fleuve, qui souligne les contentieux très importants opposant l’abbaye à la paroisse. Celle-ci est condamnée, après un ultime appel au parlement de Nancy, à payer 3 000 livres de dommages et intérêts. La sentence du 18 août 1776 rappelle « les accords de 1707 et 1714 entre la paroisse et l’abbaye qui obligent le sieur curé à se rendre à l’abbaye en habits sacerdotaux avec le Saint-Sacrement pour participer aux processions solennelles et aux offices célébrés dans l’église de l’abbaye à la Fête-Dieu et à l’Assomption » et précise que « le curé et les vicaires seront placés dans les stalles les plus proches du chœur à la droite du célébrant. Les servants de la paroisse se placeront dans l’église de l’abbaye dans les stalles les plus proches du chœur à la droite du célébrant. Les servants de la paroisse se placeront dans l’église de l’abbaye dans les basses stalles en-dessous du clergé et dans la marche sur deux lignes […], la bannière de la paroisse occupant la gauche de celle des religieux. […] Lesdites processions se feront au son des cloches de l’abbaye et de la paroisse ». L’attitude de la paroisse nous paraît tout à fait incompréhensible, car l’église Saint-Pierre et Saint-Paul, mal entretenue car l’abbaye bénédictine ne respecte pas ses obligations, ne peut contenir une population de plus en plus nombreuse, alors que le monastère bénédictin s’est doté entre 1749 et 1770 d’un nouvel édifice, grand et spacieux, qui, lui, peut accueillir plus de 900 fidèles.

Dans une ultime délibération du conseil de ville adressée à l’évêque le 4 juin 1784, le procureur Nicolas Pascal Gérardy, détaille : «
Suivant cet ancien usage, le jour de la Fête-Dieu, Monsieur le curé après avoir célébré la grande messe le matin se transporte processionnelle-ment avec le très Saint-Sacrement à l’église de l’abbaye où il l’enferme dans le tabernacle de Monsieur le prieur. Celui-ci prenant le très Saint-Sacrement renfermé dans l’ostensoir de l’abbaye, fait la procession au retour de laquelle il dit la grande messe. Ensuite, le sieur curé reprend l’ostensoir de la paroisse et le rapporte à l’église paroissiale. La même chose se reproduit le dimanche suivant à la réserve que le père abbé ne fasse la procession que dans le cloître, après les vêpres. Après les deux offices, le curé et ses vicaires rapportent le Saint-Sacrement à l’église paroissiale ». Gérardy, en officier des Lumières et procureur du roi soucieux de l’ordre public, condamne cette tradition pour plusieurs raisons. Selon lui, « les déplacements constants du clergé de la ville donneraient lieu à de la raillerie des libertins et des personnes qui ne sont pas de la religion catholique, au scandale des personnes pieuses ». Cette pratique irait aussi à l’encontre des mandements épiscopaux. Il finit son argumentaire en déplorant l’absence de vêpres à l’église Saint-Pierre et Saint-Paul les deux dimanches de processions. Il propose un compromis accepté par le conseil de ville. Celui-ci verrait le prêtre de la paroisse organiser une procession à partir de l’église paroissiale, dès 7 heures du matin, suivie de la procession à l’église abbatiale. Puis le Saint-Sacrement serait rapporté à l’église paroissiale pour être exposé à la vénération des fidèles après un office de vêpres. Gérardy s’appuie en cela sur un mandement de l’évêque de Metz du 1er décembre 1743, confirmé par les patentes de la Cour Souveraine de Lorraine et de Barrois des 21 mars et 2 mai 1746 qui prônent l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement exposé à la vénération des fidèles dans les églises lors de ces deux dimanches.


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Mémoire de Nicolas Pascal Gérardy adressé à l’évêque de Metz



Pourtant rien ne changera jusqu’à la Révolution qui, de fait, voit la paroisse prendre en charge l’église abbatiale, devenue église paroissiale par décret de l’Assemblé Nationale du 10 septembre 1792, après la suppression du monastère des bénédictins. Il reviendra alors au prêtre desservant la paroisse d’organiser seul la Fête-Dieu.

Les processions sont une démonstration de force de l’Église qui unit ainsi les corps constitués de la ville, métiers, confréries religieuses, nobles, fidèles. Nous n’avons pas pu retrouver l’ordre de marche des corps constitués de la procession précisé dans beaucoup de villes par des règlements municipaux très stricts. Nous savons, néanmoins, qu’à Saint-Avold, les femmes et jeunes filles encadrent les hommes, tradition que certains attribuent au fait que les Naboriennes auraient chassé le très réputé réformateur protestant Philippe Mélanchton (1497-1560), venu prêcher la nouvelle doctrine au lieu-dit Ketzerrath.

Nous savons aussi qu’il appartient au maire et à trois échevins de la ville de porter le dais durant la procession. Une coutume bien étrange oblige aussi à porter une chaise à la suite du célébrant et à la présenter au père abbé à chaque reposoir ou autant de fois que le célébrant le juge à propos. Ce «
droit de chaise » est une charge attribuée à des nobles qui administrent « les biens dits de la chaise » au profit de l’abbaye bénédictine . Les titulaires de cette charge doivent être présents aux processions pour porter la chaise. En 1774, l’absence du titulaire, en l’occurrence le sieur de Gallonnier, seigneur de Warize, provoque un scandale, puisque l’abbé refuse la chaise présentée par le fermier du seigneur en l’absence de son maître. Il restera debout pendant la procession. D’autres petits scandales émaillent le défilé religieux. Ceux-ci sont le plus souvent liés à des problèmes de préséance entre officiers de l’hôtel de ville lors des réformes municipales de 1770-1775 qui voient l’ancien conseil municipal élu destitué et remplacé par des officiers qui achètent des charges municipales à vie et héréditaires. Le 11 juin 1773 par exemple, Amelon, ancien conseiller de ville marche après le dais, portant ainsi atteinte « au droit immémorial dû au corps municipal et de police ». Le maire royal l’admoneste et l’incident est consigné au registre de délibérations du conseil de ville.

Le 5 juin 1774, le conseil de ville se plaint à l’intendant après le scandale causé par Joseph Antoine, ancien conseiller municipal mis à la retraite qui a décidé de marcher durant la procession devant le conseil municipal alors qu’il aurait dû, selon le tableau de chaque corps, marcher après le dernier officier en service, c’est-à-dire celui en charge des finances. Les officiers, excédés, expliquent dans une lettre envoyée à l’intendant qu’en plus, au mépris de toute tradition, il ne portait même pas son habit de cérémonie comme le reste du corps municipal . La procession sert ainsi d’exutoire à des problèmes politiques qui n’ont rien à voir avec le sens profond de cette fête religieuse, si populaire à Saint-Avold et en Lorraine allemande.



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Reposoir des sapeurs-pompiers de la ville, près de l’ancienne école Sainte-Chrétienne, en 1913



Procession.suite20  AMSA  Fonds André Pichler, Procession de la Fête-Dieu en 1945 (Place de la Victoire).

ProcessionProcession Rue De Gaulle
Des processions de la Fête-Dieu à Saint-Avold au siècle dernier.


Sur
Logo YouTube


1. Une procession de la Fête-Dieu
http://www.youtube.com/watch?v=devz7-dEb3U

2. Fête-Dieu dans un village vendéen vers 1960
http://www.youtube.com/watch?v=RmojxizJAfk

3. Fronleichnam Wallgau
http://www.youtube.com/watch?v=tj3cMozw7xs

4. Fronleichnams-Prozession in Abfaltersbach
http://www.youtube.com/watch?v=0Zm8cUBi7Ek

5. Deinem Heiland, deinem Lehrer . Gründonnerstag 2010
http://www.youtube.com/watch?v=nr3FqamNNNU

6. Lauda Sion
http://www.youtube.com/watch?v=z3b8AYnx6Qc






L’ASSOMPTION DE MARIE



L’Assomption de Marie est la croyance selon laquelle la Vierge Marie, au terme de sa vie terrestre, est entrée directement dans la gloire du ciel, âme et corps, sans connaître la mort et la corruption physique qui s’ensuit. Très ancienne dans les Églises d’Orient et d’Occident bien que sans fondement scripturaire (et fêtée liturgiquement dès le VIIIe siècle), la croyance fut définie comme dogme religieux (c’est-à-dire « vérité de foi ») par l’Église catholique en 1950. Le mot « Assomption » provient du verbe latin « assumere », qui signifie « prendre ». L’Assomption est une fête liturgique qui, dans le cadre de l’Église catholique, se célèbre le 15 août.

Une fête religieuse dans l’Empire byzantin


Au VIe siècle, l’empereur Maurice instaure dans l’Empire byzantin la fête de la Dormition de Marie, célébrée le 15 août pour commémorer l’inauguration d’une église dédiée à la Vierge montée au ciel, le Sépulcre de Marie.

Cette célébration est introduite en Occident par le pape Théodore au VIIe siècle et prend le nom d’Assomption à partir du siècle suivant. Elle est évoquée sous ce nom en 813, par le concile de Mayence parmi les fêtes d’obligation. Elle connaît ensuite une diffusion très importante au Moyen-Âge, diffusée par les monastères.

En 1637, le roi Louis XIII désirant un héritier, consacre la France à la Vierge Marie et demande à ses sujets de faire tous les 15 août une procession dans chaque paroisse afin d’avoir un héritier. Comme Louis XIV naît l’année suivante, la fête célébrée par le Vœu de Louis XIII prend une importance particulière en France. En 1854 est proclamé le dogme de l’Immaculée conception.

Le 1er novembre 1950, par la constitution « Munificentissimus Deus », Pie XII institutionnalise la fête mariale qui existe depuis quatorze siècles en proclamant, infailliblement, le dogme de l’Assomption pour l’Église : « n’ayant commis aucun péché, Marie est directement montée au Paradis, avec son âme et aussi avec son corps car épargnée par le péché originel (dogme de l’Immaculée Conception), rien n’oblige son enveloppe charnelle à attendre la résurrection des corps à la fin des temps ». Par la suite, la constitution « Lumen gentium » du concile Vatican II de 1964, énonce : « Enfin, la Vierge Immaculée, préservée de toute tache de la faute originelle, au terme de sa vie terrestre, fut élevée à la gloire du ciel en son âme et en son corps et elle fut exaltée par le Seigneur comme Reine de l’univers afin de ressembler plus parfaitement à son Fils, Seigneur des seigneurs et vainqueur du péché et de la mort ».

Processions et festivités de l’Assomption


D’innombrables processions ont lieu dans les paroisses catholiques le jour de l’Assomption qui est un jour férié dans de nombreux pays catholiques.

En France, depuis le vœu de Louis XIII qui plaçait le royaume de France sous la protection de Notre-Dame de l’Assomption, les processions ont lieu à la suite des vêpres solennelles et sont traditionnellement suivies par des festivités, feux d’artifices, etc… comme à Biarritz. La procession de Paris se tient depuis quelques années dans un bateau sur la Seine, où l’on sort la statue d’argent de la Vierge conservée à Notre-Dame. Le sanctuaire marial de Lourdes connaît ses plus grandes heures d’affluence.

En Lorraine et plus particulièrement à Saint-Avold, possession du duché de Lorraine depuis 1581, le culte de Marie se développe à la fin du XVe siècle, grâce à l’abbaye bénédictine qui fait ériger au XVIe siècle, entre la cité naborienne et Valmont une chapelle dédiée à Notre-Dame de Bon-Secours. L’obligation d’une procession le 15 août, est introduite par les Français après l’entrée de la ville dans le giron de la France. Ville et abbaye se disputent alors son organisation. Jusqu’à la Révolution, la paroisse puis l’abbaye l’organiseront conjointement, puis après la suppression de cette dernière, la paroisse seule du XIXe siècle à nos jours.

À la procession du 15 août, la statue de la Vierge est portée par quatre femmes d’âge mûr, rappelant son sauvetage par dame Simonin en 1793, alors que les révolutionnaires détruisirent la chapelle de Maria-Hilf.

En Lorraine allemande, il était aussi de tradition de constituer le bouquet de l’Assomption, le « Würtzwisch », formé d’environ treize plantes, dont plusieurs médicinales. Ces bouquets confectionnés par les familles et auxquels étaient attribués des vertus protectrices, étaient bénis lors des vêpres solennelles de l’Assomption, et conservés dans les habitations et les étables pendant la durée d’un an, d’autres étaient déposés sous la tête d’un défunt. Cette coutume disparut après la Seconde Guerre mondiale. Elle perdure toujours dans le diocèse de Trèves, ou la bénédiction de ce bouquet a lieu le dimanche matin, avant la messe solennelle.

Les principales plantes qui composent le bouquet sont : la tanaisie (
Muttergottes Kraut), le bouillon blanc ou cierge de Notre-Dame calmant les gorges irritées et les bronchites, le dahlia, (troubles de la digestion), l’armoise ou herbe de feu, la reine des prés (Wiesen Königin) aux vertus antirhumatismales, la camomille, l’épilobe en épi (Muttergottes Haar) : pour les bains de bouche, le mille pertuis ou herbe de la Saint-Jean (Johanniskraut), les horties (Brenn’essel) utilisées contre la chute des cheveux, l’acné, la fatigue, la melisse (Melissengeist) qui faisait office de digestif, contre les états dépressifs, contre les bourdonnements d’oreilles, la sauge (Salbei) utilisée contre les maux d’estomac, les troubles des règles et la transpiration excessive, les céréales (épis de blé) et toujours un gros oignon.


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La Vierge à la Chaise



Dans une alvéole surélevée en façade d’une maison rue Poincaré à Saint-Avold, derrière la fontaine Sainte-Marie construite par des maçons tyroliens en 1714, trônait une statue polychrome du XVe siècle. Celle-ci avait été cachée pendant l’évacuation lors de la Seconde Guerre mondiale par l’archiprêtre Meyer. Elle fut à nouveau installée dans sa niche après le conflit. Dans les années 1950, l’harmonie municipale y donnait un concert le 15 août. Dans les années soixante, suite aux réformes conciliaires, cette dévotion populaire s’estompa malheureusement, et cette statue, emblème de tout ce quartier fut volée le 5 janvier 1973.

Une copie conforme, conçue par le sculpteur naborien Helmut Muller, réalisée grâce à une souscription de l’Office de tourisme, y fut installée solennellement, le 15 août 1986. Tous les ans, le 14 août au soir, selon une tradition vieille de plusieurs siècles, les fidèles de la paroisse s’y réunissent pour prier. La statue était, à l’origine, décorée et nettoyée par les habitants du quartier. À partir des années 1980, la commune prit en charge, l’embellissement des lieux. Selon une ancienne coutume, des lampes à huile furent disposées au pied de la statue. La tradition voulut qu’elles furent alimentées par les filles célibataires du quartier, dans le but était, par l’intercession de la Vierge, de favoriser une rencontre avec l’âme sœur.



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Procession du 15 août 1986 et mise en place de la nouvelle statue de la Vierge à la Chaise




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Fra Angelico - Procession du Christ et des saints - 1423


LA TOUSSAINT (Allerheiligen) ET LE JOUR DES MORTS (Allerseelen)



La Toussaint est une fête catholique, célébrée le 1er novembre, au cours de laquelle l’Église catholique honore tous les saints, connus et inconnus. La Toussaint précède d’un jour la Commémoration des fidèles défunts, dont la solennité a été officiellement fixée au 2 novembre, deux siècles après la création de la Toussaint.

Histoire


L’origine de la Toussaint est difficile à déterminer puisque cette célébration est apparue à des dates variées selon les lieux. Au Ve siècle, elle est célébrée par les chrétiens de Syrie le vendredi de Pâques. À Rome, au Ve siècle également, une fête en l’honneur des saints et martyrs était déjà célébrée le dimanche après la Pentecôte. Après la transformation du Panthéon de Rome en sanctuaire catholique, le pape Boniface IV le consacra, le 13 mai 610, sous le nom de l’église Sainte-Marie-des-martyrs. Il voulait ainsi faire mémoire de tous les martyrs chrétiens dont les corps étaient honorés dans ce lieu. La fête de la Toussaint fut alors célébrée le 13 mai, date anniversaire de la dédicace de cette église consacrée aux martyrs.

C’est à partir du VIIIe siècle qu’elle est fêtée le 1er novembre, lorsque le pape Grégoire III dédicaça, en l’honneur de tous les saints, une chapelle de la basilique Saint-Pierre-de-Rome. En 837, le pape Grégoire IV son successeur ordonna que la Toussaint fût célébrée dans le monde chrétien. Sur les bons conseils de ce prélat, l’empereur Louis le Pieux institua la fête de tous les saints sur tout le territoire de l’empire carolingien.

Signification théologique


Cette célébration, se fonde sur les textes bibliques de « l’Apocalypse » selon saint Jean et les « Béatitudes » de l’évangile selon saint Mathieu. Elle célèbre non seulement tous les saints canonisés, ceux dont l’Église assure, en engageant son autorité, qu’ils sont dans la gloire de Dieu, mais aussi la multitude ceux qui sont dans la béatitude divine. Il s’agit donc de toutes les personnes, canonisées ou non, qui ont été sanctifiées par l’exercice de la charité, l’accueil de la miséricorde et le don de la grâce divine. Cette fête religieuse de première catégorie rappelle aux fidèles, la vocation universelle de l’Église et de sa sainteté.

La Toussaint ne doit pas être confondue avec la « Commémoration des fidèles défunts », célébrée le lendemain appelée « Allerseelen ». Cette dernière est un héritage des lectures monastiques du « rouleau des défunts » : la mention des frères d’une abbaye, ou d’un ordre religieux, au jour anniversaire de leur décès. Amalaire, diacre puis abbé de Metz en fait déjà mention dans son œuvre rédigé vers 820 « De ecclesiasticis officiis ». Elle a été introduite par Odilon, abbé de Cluny (962-1049) dans son monastère en 998 et fut diffusée en Occident au Moyen Âge avec le soutien du pape réformateur alsacien Léon IX (1002-1054) qui diffusa la réforme grégorienne. A partir de la fin du XIIIe siècle, cette fête est célébrée par un office particulier. Dans une société traditionnelle occidentale, où le culte de la mort jouait un rôle essentiel, cette fête religieuse, revêtit, surtout en Lorraine, une importance particulière. À partir de 1915, le pape Benoit XV instaura l’autorisation pour les prêtres, comme à Noël, le droit de célébrer trois messes.

La visite du cimetière pour y prier pour les défunts était quotidienne. Le cimetière, situé au cœur du village souvent placé autour de l’église, fut jusqu’au XVIIIe siècle, un lieu ouvert de rencontres des vivants et des morts au quotidien à l’image un peu de la conception de la mort au Mexique.

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En France, le 1er novembre, jour de la Toussaint, fut de tout temps un jour férié, ce qui ne fut plus le cas du Jour des morts depuis la signature du Concordat en 1802. L’usage fut établi de commémorer les morts après les vêpres solennelles, comme en témoigne la tradition multiséculaire de chandelles et bougies allumées sur les tombes dans les cimetières et, depuis le XIXe siècle, le nettoyage puis leur fleurissement, avec des chrysanthèmes introduites du Japon par les Néerlandais en 1789, ou celle d’asters (Katherinen-Steeck). Cette tradition est particulièrement bien représentée dans le tableau La Toussaint du peintre Emile Friant (ci-contre). Le fleurissement des tombes symbolisait la vie heureuse après la mort. À cette occasion, et en présence de toute la communauté, les tombes étaient bénies par les prêtres qui se rendaient en procession au cimetière, avec les fidèles après les vêpres solennelles. En Allemagne et en Pologne, cette tradition est toujours respectée.

Une coutume bien particulière, qui n’avait pas les faveurs du clergé perdurait en Lorraine allemande pendant plusieurs centaine d’années. Elle consistait à sonner le glas toutes les heures à partir de la sortie des vêpres, (poss ludden), du dimanche de la Toussaint, jusqu’au lendemain jour des morts. Il fallait une myriade de jeunes, pour actionner manuellement les cloches des églises, durant toute la nuit. On pensait ainsi calmer les « Âmes souffrantes du Purgatoire ». Cette tradition, qui m’a encore été racontée par mon arrière-grand-mère née en 1887, se perpétua en de nombreux endroits jusqu’à l’électrification des cloches dans l’entre-deux-guerres. Elle fut remplacée après-guerre par une unique sonnerie du glas, lors de la procession après les vêpres.


Le 2 novembre (Allerseelen), l’on célébrait, le matin une belle messe de Requiem pour les défunts de la paroisse, avec la séquence du « Dies Irae » et du psaume du « Libera », malheureusement abandonnés par les réformes liturgiques de Vatican II. Un catafalque installé dans le cœur de l’église, comme pour un enterrement rappelait la mort. À la fin de l’office, l’on se rendait au cimetière pour se recueillir à nouveau sur la tombe des défunts.

Au XIXe siècle, et durant l’après Seconde Guerre mondiale, la Toussaint, et le Jour des Morts comme toutes les fêtes religieuses, étaient l’occasion pour les familles de se retrouver, après la visite des cimetières, noirs de monde, devenus pour quelques heures des lieux de convivialité et de sociabilité villageoise ou urbaine. On allait boire le café, diner chez la parenté. Durant ces rencontres familiales que nous chérissions, les adultes évoquaient autours d’un « Kaffee unn Kuche (Streusel, brioches) puis schnaps» et en « lothringer deitsch » le souvenir des fidèles disparus et de nombreuses anecdotes liées aux familles et à l’histoire des lieux. Les plus téméraires retournaient de nuit au cimetière pour y prier et y admirer, les tombes illuminées de mille bougies et de petites lanternes propres à la Lorraine allemande et à l’espace germanique.

La Toussaint, a longtemps résistée aux changements d’une société de moins en moins chrétienne. Elle est actuellement une fête catholique particulièrement menacée en Occident, par la déchristianisation, le changement du rapport à la mort de plus en plus privatisée, l’abandon inacceptable à nos yeux, par une partie du clergé, qui a déserté les cimetières y compris aux enterrements, des rites séculaires liées au culte des morts. La marchandisation de notre société avec l’ouverture, en certains lieux, des commerces ce jour-là, vendue comme un progrès et acceptée par les tenants d’un libéralisme débridé déstructure la société en rendant toute rencontre familiale impossible. L’introduction commerciale d’Halloween diffusée par certaines chaines de restaurant depuis une vingtaine d’années, la veille de Toussaint éradique de manière subtile le christianisme des sociétés occidentales au profit d’un culte celtique pré- christique. Le supermarché, temple de la consommation, remplacera-t-il définitivement la visite du cimetière comme lieu de recueillement, le dimanche de la Toussaint ? Triste réalité d’une société déboussolée qui perd ses valeurs chrétiennes et qui part en vrille.