Les dossiers de la Société d'Histoire du Pays Naborien - 10



LES VITRAUX DE L'ANCIENNE
ÉGLISE ABBATIALE
SAINT-NABOR


Extraits de l’article de Marie-Thérèse EISELÉ
paru dans le « Cahier du Pays Naborien » numéro 18



Conçus à partir de 1967, réalisés de l968 à 1971, les vitraux de l’ancienne église abbatiale Saint-Nabor sont considérés comme l’une des œuvres majeures de l'artiste naborien Arthur Schouler (1927 - 1984). Ils remplacent ceux posés en 1911 par l’atelier Zettler de Munich et détruits lors du bombardement américain du 9 novembre 1944.

En 1965, le dimanche de Quasimodo, le conseil de fabrique de la paroisse est informé d’un projet de réalisation de vitraux, présenté par M. Robert Renard, architecte en chef des Monuments Historiques. Ce projet prévoit une vitrerie de verre blanc, claire, ornée d’une bordure et d’un motif central, enluminés de motifs très vivants. Le conseil donne son accord à une participation de la paroisse d’un montant de quarante mille francs. Une souscription doit être ouverte à cet effet .

Lors d’une délibération du 14 mai 1965, le conseil municipal accepte de participer à la restauration des vitraux par un fonds de concours de cent mille francs. Il consent à confier l’étude des cartons à Leonor Fini, artiste de grande réputation, préconisée par le service des Monuments Historiques .

Le l6 mars l966, la Commission urbanisme-travaux concède la maîtrise d’œuvre de l’opération vitraux à MM. Robert Renard déjà cité, et Eugène Voltz, architecte des Bâtiments de France, agréé pour les travaux communaux de la ville de Metz .

Lors de sa réunion du l7 avril 1967, la même commission constate que les services ministériels n’ont toujours pas procédé au choix de l’artiste. La désignation de Mme Fini n’a jamais été confirmée. M.Voltz aurait, quant à lui, présenté une maquette de l’atelier Simon de Reims. Pour faire avancer le dossier "vitraux", la commission propose de traiter le projet en deux phases. La première comporterait les vitraux du chœur qui pourraient être pris en charge par le conseil de fabrique. Ceux du transept et de la nef feraient partie de la deuxième tranche, laissée à la charge de la ville .

Une note de la ville de Saint-Avold du 2 mai l967 mentionne que la ville et le conseil de fabrique seraient « vivement désireux d’intéresser à la réalisation des vitraux un artiste local, M. Arthur Schouler, qu’ils estiment suffisamment qualifié , et qu’ils sont convaincus de le voir mettre tout son art et son amour du métier à la restauration de l’église de sa propre paroisse. Il serait souhaitable qu’une intervention de M. le député contribue à faire sortir cette affaire de sa léthargie. »

Le compte-rendu de la Commission urbanisme-travaux du 22 mai 1967 relève que suite à l’intervention de MM. Schwartz, Dussaule, sous-directeur des Monuments Historiques aux Affaires culturelles, a donné son accord sur le choix de l’artiste local, Arthur Schouler.

Le premier vitrail du chœur est posé à titre d’essai en avril 1968. Les cinq autres prennent place de juin 1968 à mars 1969. Les autres vitraux sont posés entre mai 1970 et début 1971.

Lorsque la restauration des vitraux lui est confiée, Arthur Schouler se trouve confronté à de multiples contraintes.

Jean de Mousson, dans l’article du Lorrain du 29 août l968 intitulé : « Le maître-verrier Schouler habillera les fenêtres de l’abbatiale restaurée de Saint-Avold », présente ainsi les responsables des impératifs qui s’abattent sur l’artiste et leurs exigences :
- les Beaux-Arts : « Des verrières discrètes, mettant en valeur la pierre et le bois magnifiques de l’église »
- le chanoine Robert, professeur à la « Catho » de Strasbourg et Naborien d’origine : « Ecrivez-y la théologie de l’Eglise »
- la Commission d’art sacré : « Que l’expression théologique ne relègue pas au second plan le patrimoine artistique antérieur »
- les services payeurs : « Et surtout, ne crevez (sic.) pas le budget ! ».

Après avoir regretté qu’« une telle minutie d’inspiration soit illisible autrement qu’à la jumelle », le journaliste termine par la phrase : « Mais l’on peut tenir pour certain que le projectile perdu qui défigura Saint-Nabor ne fut pas perdu pour l’art du restaurateur qui se hausse aujourd’hui à la sagesse du maître d’œuvre bénédictin à qui l’on doit cette splendeur baroque ».

Les vitraux de l’abbatiale, repérés par Arthur Schouler de A à P, (voir le plan) sont au nombre de seize :
- huit dans la nef
- deux dans le transept
- six dans le chœur.

En pénétrant dans l’abbatiale, le visiteur est frappé par la dimension des vitraux, leur grande luminosité et les coloris qui s’harmonisent avec les nuances bigarrées du grès à dominante rose de l’édifice. La coloration des vitraux de la nef est adoucie par des teintes bleues, vertes, orangées, rosées et jaunes, le dernier vitrail de droite excepté. Celui-ci, ainsi que les vitraux du transept, aux tons plus chauds et irradiants, annoncent ceux du chœur et font la transition avec les autres vitraux de la nef. Le fond des vitraux est clair, leur ton dégradé et nuancé d’une verrière à l’autre.

Le pourtour de chaque vitrail est orné d’une bordure de vingt-deux panneaux peints de motifs décoratifs très vivants. Toute la sensibilité d’Arthur Schouler s’y exprime. Les vitraux du transept et du chœur présentent un médaillon central, illustrant le thème choisi. Dans ceux de la nef, plus hauts et plus étroits, le motif central est supprimé au profit de la bordure qui se trouve doublée.

Les vitraux du chœur, réalisés les premiers, reprennent l’enseignement de Vatican II. M. l’abbé René Stock, curé archiprêtre de Saint-Avold (1961-1970) en a interprété les textes dans un appel à la générosité paroissiale en 1968. Dans la nef, Arthur Schouler a inscrit toute la création. Les quatre éléments : eau, terre, feu, air, sont représentés par la faune, souvent par couple, la flore, des scènes de la Bible.

On trouvera ci-dessous quelques exemples des maquettes réalisées par l'artiste.

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