Août 2018


Article du Républicain Lorrain" du 2 août 2018



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L’église Saints-Pierre-et-Paul
de son apogée à sa chute

Pascal Flaus, archiviste de Saint-Avold, présente trois des plus anciens parchemins de la ville. Ces chartes du XVe siècle autorisent l'agrandissement de l'église Saints-Pierre-et-Paul, l'une des plus anciennes églises gothiques de Lorraine.

Avec l'explosion du christianisme en Europe et en France au Moyen-Âge, les lieux de culte se multiplient. Saint-Avold n'y échappe pas. La bourgade qui s'appelait alors Saint-Nabor, doit déjà son développement à l'abbaye bénédictine éponyme, fondée par Sigisbaud, évêque de Metz, en 722. Une première église y fut construite en 792. Principalement pour les moines bénédictins qui ont besoin de recueillement et de se retrouver hors de la vie active.

Il a fallu attendre vers l'an1300 pour que l'église paroissiale Saints-Pierre-et-Paul soit érigée au centre de la ville. Un lieu où se rendaient tous les habitants de la cité, l'évangélisation étant en pleine progression.


Un édifice devenu trop exigu

Presque deux siècles plus tard, l'édifice ne parvient plus à contenir le nombre croissant de paroissiens. « À la fin du XVe siècle, l'expansion économique est importante à Saint-Avold. C'est une ville de commerce et de passage. Surtout cette époque correspond à une période de prospérité et de développement démographique. L'église Saints-Pierre-et-Paul telle qu'elle était ne suffit plus », explique Pascal Flaus.

Le maire et son conseil envisagent alors son agrandissement avec l'appui de l'abbé Adam de Roupeldange, alors prieur du monastère.


Douze ans de travaux

La restructuration de l'église passe obligatoirement par l'accord du seigneur, l'évêque de Metz, à l'époque Henri de Lorraine. Le 10 juillet 1489, celui-ci donne son autorisation via une charte sur parchemin rédigé en latin par un notaire naborien.

Sur ce précieux document, l'évêque accède à la supplique en fixant pour quatre ans un impôt par mesure de vins et de bière pour l'extension de l'édifice. La Ville fait appel au monastère et notamment à l'abbé Adam de Roupeldange pour réfléchir à la nouvelle architecture.« Il n'a pas été seulement question d'un agrandissement de l'église. Celle-ci a été entièrement refaite au style qui était à la mode, le gothique flamboyant, précise l'archiviste. Les travaux ont duré douze ans.» Deux autres chartes ont donc été rédigées, cette fois-ci, dans la langue vernaculaire, l'allemand, pour prolonger le chantier de rénovation. L'église Saints-Pierre-et-Paul est consacrée à la Pentecôte 1498, quatre ans avant la fin de la restructuration.


Remise à l'État en 1798

Cette église va rester celle de la paroisse jusqu'à la Révolution française. Celle-ci menace alors de tomber en ruines par manque d'entretien. Avec la nationalisation des biens du clergé en 1790, la Ville de Saint-Avold va obtenir l'autorisation de récupérer l'église abbatiale. « Car entre-temps, tout au long du XVIIIe siècle, l'abbaye a érigé une nouvelle église, beaucoup plus grande que l'église Saints-Pierre-et-Paul », remarque Pascal Flaus.
l'église paroissiale, quant à elle, est désaffectée et sera remise à l'État en 1798. Partiellement démolie, elle sera cédée à un notable de Metz. l'ancienne église paroissiale est devenue aujourd'hui un local commercial.


Julie VILLOTEAU




Article du Républicain Lorrain" du 19 juillet 2018



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Saint-Avold : L’unique reliquat
de l’ancienne bibliothèque de l’abbaye

Tout l’été, nous vous présentons les plus anciens ouvrages des archives de Saint-Avold avec Pascal Flaus, archiviste naborien. Aujourd’hui, le plus vieux livre de la ville, un recueil religieux datant du XVIIIe siècle, mémoire de la bibliothèque de jadis.

Très fragile, il est gardé bien précieusement comme un trésor dans un coffre-fort aux Archives municipales de Saint-Avold.
Publié en 1769, cet ouvrage de théologie et de morale, entièrement rédigé en latin a en effet souffert des affres du temps. La reliure en cuir tombe en lambeaux, les 724 pages abîmées par la moisissure ont été, semble-t-il, aussi rongées par quelques vers qui ont creusé des galeries en son sein.
Le destin ordinaire d’un vieil ouvrage qui a traversé les siècles. « C’est le plus ancien livre que nous avons en notre possession aux Archives municipales. À notre grande satisfaction, il nous reste ce seul et unique ouvrage qui se trouvait dans l’ancienne bibliothèque de l’abbaye bénédictine Saint-Nabor », fait valoir Pascal Flaus, archiviste et président de la Société d’Histoire du Pays naborien.

Celui-ci était chez une famille naborienne qui l’a offert à l’association de la Société d’Histoire de Saint-Avold dans les années 1960. »



Un morceau d'histoire naborienne

Ce livre d’éducation religieuse, somme toute quelconque pour l’époque - il existait 770 volumes de ce type dans la bibliothèque de l’abbaye - est passé entre plusieurs mains avant de se retrouver dans celles de Pascal Flaus. Un morceau d’Histoire naborienne pour cet écrit, publié pourtant à Lyon.

« Il nous rappelle le rayonnement culturel et religieux qu’avait l’abbaye de Saint-Avold pendant des siècles », souligne l’archiviste. Car l’abbaye, fondée en 720 par Sigisbaud, évêque de Metz, s’est dotée d’un scriptorium - où les moines rédigeaient des manuscrits importants - dès le VIIIe  siècle. Une annexe rare pour l’époque.


Une trace de la bibliothèque de l'abbaye

L’abbaye a pris véritablement son essor au cours du XVIIIe  siècle, période de paix et de reconstruction. En même temps que l’abbaye s’agrandit et que le siècle des Lumières apporte un ensemble d’idées nouvelles, la bibliothèque, connaît un développement sans précédent.

Lieu de savoir et d’enseignement, elle possède de nombreux ouvrages, la plupart théologique même si des romans, des encyclopédies, des ouvrages géographiques et autres recueils d’apprentissage sont légions. « Les bénédictins lisaient beaucoup et de tout », appuie Pascal Flaus. De ce fait, les moines possédaient 3 500 livres et les sœurs bénédictines, environ 350.

Un exceptionnel fond d’érudition fermé à la population. Ce qui irrite le maire naborien vers 1770-1780. « Il trouvait dommage que les monastères n’ouvrent pas leur bibliothèque au public », explique l’archiviste. La Révolution française ne laissera pas le temps aux monastères d’accueillir leurs ouailles.


Un miracle de l'avoir retrouvé

En 1790, tous les ordres monastiques sont supprimés. « En Moselle, cela représente 67 établissements. Le monastère de Saint-Avold n’y échappe pas. La bibliothèque est alors confisquée par l’État », relate le président de la Société d’histoire du Pays naborien. En 1791, le conseil de la ville demande alors à un historien (Nicolas Paul Gerardi) d’en dresser un inventaire.

L’objectif est la création d’une bibliothèque publique à Sarreguemines pour tout le district. En août 1794, la bibliothèque du monastère de Saint-Avold est alors transférée chez sa voisine. Tous les livres de la région - manuscrits anciens, plan, archives - vont enrichir cette nouvelle grande bibliothèque. « Mais celle-ci sera très vite supprimée avec la disparition du district. Le bâtiment sera alors pillé, les livres changeront plusieurs fois de lieux, certains seront vendus lors de ventes sauvages… Si bien qu’il est difficile pour nous aujourd’hui de savoir où sont véritablement ces ouvrages ayant appartenu à l’abbaye naborienne », se désole Pascal Flaus.

Pendant près de quarante ans, personne ne se souciera de cette précieuse collection jusqu’en 1833 où le sous-préfet de Sarreguemines constate l’état de délabrement dans lequel a été plongée celle qui devait être la grande bibliothèque du district. Un vrai miracle alors d’avoir pu retrouver trace de ce recueil spirituel du XVIIIe  siècle pour l’archiviste.

« Nous savons que beaucoup d’ouvrages de l’abbaye sont certainement aujourd’hui dans des familles lorraines ou même naboriennes. Mais il est impossible de les recenser, de ni savoir dans quel état ils ont été conservés. » Des trésors dans les bibliothèques des particuliers de Saint-Avold ?

Julie VILLOTEAU




Article du Républicain Lorrain" du 26 juillet 2018



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XIIIe siècle :
Les Naboriens sont des privilégiés

Pascal Flaus, le responsable des archives de Saint-Avold présente quatre parchemins de la fin du XIIIe siècle. Ceux-ci rappellent les droits et privilèges des Naboriens à cette époque. Ils étaient alors mieux lotis que nombre de leurs voisins.

À la fin du XIIIe siècle, les habitants de Saint-Avold ont un statut plutôt enviable dans la mesure où ils sont libres. Notons que non loin de là, dans la seigneurie de Forbach, le servage a encore lieu. Les Naboriens, eux, sont tous libres. Libres, notamment, de se déplacer, voire de quitter la ville, libres de se marier comme bon leur semble, libres encore de commercer. Ces droits sont inscrits en toutes lettres sur des parchemins sous forme de chartes, des documents de droit.


Quand le chat n'est pas là ...

Cette liberté s'explique par leur situation politique et... géographique. Le maître en ces terres est l'évêque de Metz. Seulement, celui-ci n'habite pas sur place.« Ça ne veut pas dire qu'il ne vient jamais: on sait que les évêques venaient par exemple chasser dans nos forêts, souligne Pascal Flaus. Alors, les habitants lui devaient le gîte et le couvert. » Le reste du temps, l'évêque délègue ses pouvoirs à un bailli au château de Hombourg-Haut et à un lieutenant (qu'on appelle Schultheiss) pour la ville de Saint-Avold. Cette organisation a une incidence: les habitants sont davantage maîtres de leur destinée.


La liberté des Naboriens

En effet, ils élisent un des leurs, un maire, tous les ans. Le 20 janvier, pour être précis. Pour cela - et être associé aux décisions du conseil de ville - il suffit de payer un droit d'entrée. « Celui-ci est relativement modeste. Aussi, le corps municipal de ces bourgeois est de 300 à 400 personnes ... sur une population totale de quelque 2 000 âmes. On n'est pas dans l'idée d'une petite élite qui décide de tout pour les autres.»

C'est aussi le maire qui décide de la répartition de l'impôt. l'évêque fixe une somme à collecter (il en prend les 2/3 et réserve 1/3 à ses représentants sur place), mais c'est aux Naboriens de décider comment ils se répartissent la charge.« Le plus riche supportant le plus pauvre.» Le corps municipal a encore d'autres grandes responsabilités. Il n'existe pas d'État central: c'est au niveau local qu'est organisé l'enseignement ou encore géré l'hôtel-Dieu (ancêtre de l'hôpital ou hospice).

Les chartes sont là pour rappeler ces droits. Et il s'agit bien d'un rappel. En fait, le même texte, rédigé par la chancellerie évêchoise, est souvent reproduit à chaque changement d'évêque. li est là pour« confirmer les habitants dans leurs droits et privilèges». Sont expressément cités le droit d'élire un maire, le droit de défense (entretenir les remparts de la ville, par exemple), le droit de prélever l'impôt et le droit de commercer librement.



Tout ça en dix lignes

Le document est établi en allemand, la langue vernaculaire à cette époque. C'est un mouvement de fond à l'échelle de l'Europe de l'Ouest: on ne rédige plus en latin systématiquement comme c'était le cas précédemment mais dans le langage des sujets. Cela dénote de l'importance d'être compris par le plus grand nombre et une volonté de la part des seigneurs de se reconnaître culturellement.

Concrètement, il s'agit d'un texte d'une dizaine de lignes ... Un texte très court donc, mais qui change beaucoup de choses à cette époque.


Marie Kœnig



La Bibliothèque de la S.H.P.N.


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