Les gravures de Heinrich Gross (première moitié du XVIe siècle) nous donnent une idée du travail des mineurs. Remarquons ici les pointerolles sur l’épaule et les lampes à suif.

Contribution à l’étude historique et archéologique de la mine du Bleiberg.

Extraits de l’article Jacques Kunzler paru dans le « Cahier Naborien » numéro 2

Le Bleiberg, colline au toponyme évocateur, domine Saint-Avold au Sud-Ouest. Il fait partie depuis des générations de la “mémoire collective” de ses habitants. Un certain nombre de légendes et d’idées reçues se rattachent au Bleiberg, comme à tout ce qui est monde souterrain. Philippe Bronder (libraire et historien de Saint-Avold à la fin du XIXe siècle) en a immortalisé quelques unes dans les “Fora Calena” (Almanach de Saint-Avold). Il nous parle avec une imagination débordante (en s’appuyant néanmoins sur quelques observations topologiques réelles) des mystérieux habitants du Bleiloch : le Hertenmenchen ou encore le grand Dominico, Prince des Ténèbres. D’autres légendes tenaces comme la mythique galerie allant jusqu’à Longeville ont dû alimenter maints fantasmes d’explorateurs en herbe.

Aperçu historique

Le Bleiberg s’intègre dans la typologie des mines du Warndt. Ces exploitations s’ouvrent toutes dans la côte qui ceint la dépression du Warndt : Wallerfangen en Sarre, Falck, Hargarten, Longeville, Saint-Avold, Cocheren (le Herapel). Elles sont creusées dans le grès intermédiaire et le métal recherché était soit du cuivre soit du plomb.

Les fouilles effectuées en 1984 ont montré qu’il y avait déjà une activité minière au Bleiberg au Moyen Âge. Cependant les premiers documents authentiques concernant les mines du Warndt n’apparaissent qu’en 1500 pour Wallerfangen et 1555 pour Falck (registres de comptes dans les deux cas). Nulle part ne figure encore le Bleiberg. En 1722, puis 1754, Piganiol de la Force parle de Saint-Avold, mais sans citer de mine. Falck et Hargarten connaissent alors une grande activité.

Le premier texte mentionnant une exploitation minière à Saint-Avold est de Durival (Description de la Lorraine) : “II y a auprès de Saint-Avold une source martiale ou ferrugineuse et une mine de plomb excellent, découverte depuis peu”. Or ce texte est de 1778. Le problème est de savoir ce que veut dire ce “depuis peu” : cinq, dix, quinze ans ou davantage ? Néanmoins on peut supposer que l’exploitation a commencé entre 1754 (Piganiol) et 1775 (Durival). Mais un manuscrit de Monnet de 1776 parle de minerai de cuivre à Saint-Avold : “… on conçoit bien qu’un minerai de la nature de celui de Saint-Avold ne dut jamais faire l’objet d’une entreprise considérable… Personne n’osa y avancer assez de fonds pour y faire des fouilles en grand. Celles qui furent faites ne le furent que par des paysans qui, selon l’expression vulgaire, y grapillèrent”. En 1785, et là un document l’atteste, il y a 30 personnes attachées aux travaux du Bleiberg : 1 commis, 12 mineurs, 2 brouetteurs, 1 maître fondeur, 1 maître bocardier, 13 laveurs et bocardiers. C’est un nombre élevé, peut-être un maximum pour le Bleiberg qui est à son apogée.

Le rapport du citoyen Aix (Mars 1794), nous apprend que le propriétaire était un certain Vatremestre, le directeur se nommait Jobin, le sous-directeur Bertrand. Il n’y avait plus que 4 ouvriers et 1 gardien pour surveiller les bâtiments vides. Dans les archives municipales, il existe un ordre de réquisition, daté de Juin 1796, du citoyen Joseph Huiler qui travaillait à la “minière de Saint-Avold”. À cette époque, la France était en guerre avec l’Autriche et le plomb, matière première pour les balles, se faisait sans doute rare.

En 1797, c’est l’arrêt de l’exploitation. Les raisons n’en sont pas connues, mais elles peuvent ëtre diverses : épuisement des filons, guerres en Europe, levée des taxes sur les mines allemandes qui produisaient davantage et à meilleur marché. D’après Tribout de Morembert, Jean-Victor Poncelet, adolescent, aurait fréquenté la mine abandonnée depuis peu. Le futur mathématicien en aurait tracé le plan en 1800 (nous n’avons pas retrouvé ce document capital).

Le Bleiberg retrouve une activité entre 1858 et 1862 au moment de l’exploitation du Hautbois à Longeville. C’est la concession Meurer des “usines de cuivre, plomb et argent de Saint-Avold”. Les travaux, dirigés par le maître mineur Spengler, ne furent guère d’importance, se limitant à un écornage des angles et au prolongement de certaines galeries de la période “Saur”. On tenta également un nouveau procédé de traitement du minerai. Les géologues allemands avaient à l’époque de grandes ambitions pour le Bleiberg : une galerie devait partir du niveau de la Rosselle pour exploiter les couches profondes… Cela ne resta qu’un projet.

Minéralisation

L’étude minéralogique et géologique du site a été menée en 1957 par la Compagnie Royale Asturienne des Mines puis par le BRGM (Bureau de Recherche Géologique et Minière) qui détient à présent le dossier et enfin par Marc Bonneton pour sa thèse de Docteur Ingénieur. Selon les géologues, 85 % du minerai se présente sous forme de cérusite, 15 % sous forme de galène. La cérusite, un oxyde de plomb, peut avoir l’aspect de taches blanchâtres de quelques millimètres à 2 centimètres de diamètre ou être disséminée dans la masse du grès où elle cimente les grains de sable. La galène prend l’aspect de mouches noires ou grises de 1 à 3 mm de diamètre.

Les travaux s’étendent sur 3,5 hectares (250 m x 150 m) et à 4 ou 5 niveaux superposés. La longueur du réseau accessible est d’environ 2 kilomètres. Les zones minéralisées et exploitées ont la forme de nuages ovoïdes aplatis de dimension variable (exemples : 13 x 4 x 1 m ou 50 x 25 x 3 m). Les anciens ont extrait 20 000 tonnes de minerai d’une teneur de 3 à 4 % en plomb environ.

Les accès

Actuellement, il existe deux entrées pour accéder au système. L’entrée inférieure s’ouvre dans le virage que fait le Chemin Saint Hilaire derrière l’ancienne imprimerie Fleisch. C’est ainsi qu’on la nomme communément “entrée Fleisch”. L’entrée supérieure s’ouvre au fond d’un vaste porche creusé dans un ressaut gréseux dans la propriété Dauphin, d’où le nom actuel d’entrée ou sortie “Dauphin”. C’est probablement l’entrée originelle d’où également le nom de “Bleiloch”.

Mais les accès étaient plus nombreux dans le passé et c’est la méthode d’exploitation elle-même qui en était la cause. En effet, le massif était attaqué en de multiples points, soit par des puits, soit par des galeries avec extensions latérales formant des salles, soit par des galeries qui suivaient les fracturations du terrain. Ainsi, certaines galeries partant d’endroits différents à l’extérieur, finissaient par se recouper par hasard sous terre. En étudiant le sens de progression des galeries (traces des coups de pics sur les parements), nous avons mis en évidence l’existence d’au moins dix entrées différentes. Nous avons dégagé l’une d’elles en 1967. Elle donnait dans le jardin du temple protestant. Les mineurs du XVIIIe siècle ont dû plusieurs fois avoir la surprise de percer un réseau médiéval inconnu.

Le réseau accessible actuellement n’est donc que le résultat d’un recoupement fortuit de systèmes indépendants. Il est certain qu’il existe d’autres systèmes isolés dont l’entrée est comblée et qui restent à découvrir. La tâche est rendue difficile par l’absence de haldes (cônes de stériles situés aux débouchés des galeries au jour). En effet, compte tenu de la proximité de 1’habitat, les pentes du Bleiberg ont été aplanies en terrasses pour faciliter les cultures. Certains prétendent que la butte où s’élève le Lycée Poncelet ne serait qu’une énorme halde. C’est peu probable car son importance impliquerait une exploitaion gigantesque. Certains textes signalent un niveau supérieur du Bleiloch, la “Speckamma”, sans liaison avec le réseau actuel.

Les mineurs au travail.

Les techniques d’exploitation

Au Moyen Âge, les mineurs utilisaient une méthode d’extraction particulière qui a été mise en évidence par G. Muller à Wallerfangen. Elle consiste à creuser d’abord au marteau et à la pointerolle des entailles de 3 à 6 cm de largeur, alignées sur le front de taille et espacées de 10 à 20 cm. Puis des coins métalliques étaient enfoncés dans ces encoches à l’aide d’une masse pour dégager de larges fragments de roches. Cette méthode est caractéristique du Moyen Âge dans le Warndt.

Les mineurs creusaient peu de galeries, mais surtout des puits avec des extensions latérales sous forme de salles peu élevées (80 cm environ). La plupart des vestiges de cette époque ne sont pas purs car parasités par les exploitations postérieures. Néanmoins, nous avons découvert trois secteurs qui ne semblent pas altérés par des reprises d’exploitation.

La plus grande partie du réseau accessible actuellement au Bleiberg, comme d’ailleurs dans tout le Warndt français (excepté le Hautbois de Longeville du XIXe siècle), relève de la période “Saur”. Ce nom a été donné par G. Muller à un style très caractéristique des travaux du milieu du XVIIIe siècle, en référence à J. J. Saur qui fut le concessionnaire le plus entreprenant. L’étude de Muller concerne essentiellement les mines de Wallerfangen, mais comme la notion de frontière n’a aucune incidence dans ce type d’étude, nous pouvons reprendre cette appellation dans notre typologie.

Le style “Saur” est très typé et il est certainement le plus facilement identifiable dans le Warndt. Ce qui le caractérise essentiellement, c’est la perfection du travail avec un souci esthétique évident. Les galeries sont toujours de section trapézoïdale (trapèze isocèle), plus large à la base (sole) qu’au plafond (toit). Les angles sont parfaitement marqués et forment une ligne continue et régulière, même au sol. Les parements (côtés), toit et sole sont planes et le plus lisses possible. La progression par poste est souvent visible et bien marquée, par un léger décrochement dans les angles supérieurs ou par un “dessin” légèrement différent sur les parois. On a pu estimer la progression moyenne au Bleiberg à 35 cm.

Les galeries paraissent relativement exiguës pour notre morphologie. Il faut néanmoins pondérer cette impression : la taille moyenne du Naborien du XVIIIe siècle était de plusieurs centimètres inférieure à celle d’aujourd’hui. Notons également que le sol actuel est souvent recouvert de sable rapporté, cela diminue d’autant la hauteur utile. Pourtant déjà en 1621, le Conseiller Rennel se demandait pourquoi les galeries étaient si étroites; il supposait que plus larges, il aurait fallu les boiser et ainsi l’exploitation aurait été beaucoup plus coûteuse. Mais dans cette hypothèse, les vastes salles du Moyen Âge ou du XIXe siècle auraient déjà dû toutes s’écrouler, or ce n’est qu’exceptionnel (St Jacques à Hargarten ou la plus grande salle du Hautbois).

La plus grande interrogation reste l’esthétique. A ce propos, plusieurs hypothèses, dont aucune n’est pleinement satisfaisante, sont avancées. Les Sarrois pensent que cela permettait une meilleure propagation de la lumière dans la galerie. N’oublions pas que c’est le mineur au front de taille qui avait le plus besoin d’éclairage et que la galerie était surtout empruntée par le “brouetteur” qui sortait le minerai. Celui-ci, habitué à l’itinéraire, pouvait se contenter du peu de lumière diffusée par les chandelles placées régulièrement dans des niches creusées dans la paroi. D’autres estiment que cette perfection devait favoriser au maximum la circulation de l’air. Mais pourquoi alors trouve-t-on une taille beaucoup plus grossière dans les Vosges du Sud où existent des systèmes sensiblement de la même époque et où l’on devait rencontrer les mêmes problèmes ? II existe une troisième hypothèse. La plupart des mineurs sont venus des Vosges, de Saxe ou du Tyrol, régions où les roches, beaucoup plus dures, ne permettaient pas un tel luxe dans la finition. Alors ont-ils voulu pousser l’amour du travail bien fait jusqu’à la limite de la sculpture dans ce grès qui devait leur paraître bien tendre ? Ou était-ce tout simplement la tradition de la corporation au XVIIIe siècle, résultat de siècles de perfectionnement et atteignant alors son apogée ?

Le Bleiberg nous montre quelques beaux exemples de la période “Saur” dans sa plénitude. Mais de nombreux secteurs pourraient déjà être qualifiés de “décadents” : parement zébré de longues traînées continues et parallèles, angles imparfaitement marqués, surfaces moins lisses. Nous approchons en effet du XIXe siècle où la rentabilité l’emportera sur le travail bien fait.

La période “Saur” peut encore se caractériser de la manière suivante (et c’est le cas pour le Bleiberg) : nombre de galeries très élevé, sondages nombreux (galeries de recherche de quelques mètres à une vingtaine de mètres), grande entreprise locale, travaux coûteux, personnel nombreux, courte période d’exploitation. Il faut toutefois se garder de l’impression de gigantisme des travaux, puisqu’ils ont parfois repris des systèmes du Moyen Âge.

L’aérage

Rennel, parlant des mines du Warndt, disait : “l’air y est si mauvais que les mineurs ne pouvaient y travailler plus de quatre heures par jour, deux le matin et deux l’après-midi”. Il mettait en cause l’exiguité des galeries. Ce faible horaire de travail est étonnant quand on sait qu’au Hautbois (XIXe siècle), les mineurs travaillaient huit heures par jour dans les mêmes conditions (roche, outils, éclairage), avec en plus les problèmes de gaz après les tirs à l’explosif. Lors de nos investigations sur le terrain (toujours plusieurs heures consécutives à chaque fois), nous n’avons jamais ressenti la moindre gêne respiratoire. Les mesures de gaz effectuées se sont toujours révélées négatives ou à l’état de traces, même au fond du réseau, à l’abri de tout courant d’air. Mais nous sommes toujours en mouvement et le mineur au front de taille, au fond d’un cul de sac, ne se déplaçait pas. L’effet conjugué de l’humidité, de la température (10 à 15° selon la saison) et des émanations des lampes à feu nu (chandelles de suif), pouvait certainement rendre le travail très pénible.

Les outils

Le symbole des mineurs, que l’on décrit souvent comme un marteau et un pic entrecroisés, est en fait une massette et une pointerolle emmanchée. Les mineurs qui travaillaient au front de taille se munissaient chacun d’une dizaine de pointerolles réparties sur une lanière de cuir (ou deux tiges de fer reliées par une lanière ou une chaîne) en deux paquets égaux, afin de pouvoir les porter facilement sur l’épaule. Ces pointerolles seront au fur et à mesure de leur usure, fichées sur un manche en bois interchangeable que le mineur retaillera au besoin. Il frapprera ensuite sur ces pointerolles avec la massette.

Au Moyen Âge, on utilisait la pointerolle mais aussi les coins métalliques et la masse. Au XVIIIe siècle, on travaillait exclusivement au marteau et à la pointerolle. Dans certains secteurs, on observe des sillons parallèles en arc de cercle, du toit vers la sole, et ayant jusqu’à 1,5 m de longueur. Chaque coup était frappé exactement dans le sillon précédent, formant ainsi une ligne continue (Saur décadent ou période pré-révolutionnaire).

Vers 1860, on utilisait encore la pointerolle au Bleiberg, mais aussi le pic à une ou deux têtes, la barre à mine et bien sûr l’explosif. De nombreux trous de fleurets, avec parfois des restes du bouchon d’argile, sont encore visibles. A cette époque, chaque mineur pouvait extraire de 2,5 à 3 tonnes de minerai par poste.

L’eau et l’exhaure

Compte tenu de l’abaissement de la nappe phréatique ces dernières décennies, il n’y a plus actuellement de problèmes liés à l’eau du Bleiberg. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Bronder, dans sa verve, nous apprend qu’au fond (probablement dans la zone Sud-Ouest) “il y a de belles cascades, ainsi qu’une petite nappe d’eau limpide où l’on peut s’aventurer avec une nacelle taillée dans un tronc d’arbre”. Mon père me racontait que, dans les années 1930, il existait une galerie entièrement inondée (probablement la galerie d’accès de la zone Sud-Ouest) et, l’imagination aidant, c’était la fameuse galerie allant à Longeville.

Les problèmes d’exhaure étaient souvent résolus par le seul pendage de la galerie; celui-ci, en effet, devait toujours être vers 1’extérieur, ce qui provoquait un écoulement naturel. Parfois les eaux étaient collectées dans de petits caniveaux, creusés latéralement, dans le sol de la galerie. On a même observé une rigole creusée dans le parement (accès Sud-Ouest) . À Wallerfangen, on trouve des puits carrés d’environ un mètre de côté et trois mètres de profondeur qui faisaient office de puits perdu pour les eaux de ruissellement. Il existe au Bleiberg un puits célèbre qui pouvait avoir le même rôle. Cependant sa section est supérieure : 1,17 m x 1,45 m et sa profondeur est de 7 m. Il est situé à peu près à mi-pente entre l’entrée supérieure et inférieure. Sa présence à cet endroit ne se justifie pas vraiment, puisqu’il aurait été plus simple de drainer les eaux vers la sortie inférieure. Toujours à Wallerfangen, il existe un puits semblable mais de 17 m de profondeur et qui a servi à rechercher les zones minéralisées. Le puits du Bleiberg avait peut-être le même usage.

Au Moyen Âge, les problèmes d’exhaure étaient beaucoup plus importants. Par exemple, nous avons relevé dans les parties médiévales supérieures des dépôts argileux et végétaux sur le toit des salles; cela prouve que tout ce réseau a été complètement immergé (de façon temporaire ou permanente) avant le XVIIIe siècle. À cette époque, en effet, la liaison réseau supérieur et inférieur a été effectuée, rendant toute inondation impossible puisque les eaux pouvaient s’écouler naturellement vers la sortie inférieure. Dans l’état actuel de nos connaissances, rien ne permet de dire si des machines d’exhaure ont été utilisées.

Dessin de Heinrich Gross représentant une machine hydraulique destinée à broyer le minerai. Celle qui fonctionnait au Moulin d’Oderfang devait en être assez proche.

Le traitement du minerai

Le minerai, sorti à l’aide de brouettes, est livré au bocard où il est broyé. Cette machine hydraulique a été inventée au tout début du XVIe siècle en Europe Centrale. Les pilons plus ou moins espacés et actionnés par une came, écrasaient alternativement les blocs. Le bocardage peut se faire à sec ou mieux, sous l’eau, pour être plus efficace. Le minerai ainsi fragmenté est tamisé en le projetant contre une claie d’osier inclinée. Ce qui passe au travers est considéré comme bon, ce qui retombe aux pieds du passeur est renvoyé sous les pilons du bocard.

Le minerai, bocardé et tamisé est livré aux laveurs ou laveuses. Les femmes étaient parfois plus nombreuses que les hommes aux lavoirs. On leur confiait souvent ces tâches dans le cas de difficultés financières d’un ménage à la suite d’un accident ou d’une maladie d’un mineur, chef de famille. Les laveuses disposent quelques pelletées de minerai sur une surface en planche, légèrement inclinée et sur laquelle s’écoule de l’eau. Le minerai est alors sans cesse remué avec un râble. L’eau évacuera ainsi les parties terreuses ou de gangues, légères, alors que les parties lourdes seront abandonnées sur la surface de planche. La dernière opération que subit le minerai est la fonte. Il y avait souvent deux fourneaux: l’un pour la fonte, l’autre pour l’affinage. Les feux étaient parfois activés par des souffles actionnés par la roue à aube.

Au début, quand l’exploitation n’était que “grapillage”, le lavoir a pu se trouver non loin de l’entrée inférieure ou “Fleisch”. Le plomb était fondu à Falck. Puis, il y eut un lavoir à Dourd’hal, à la Bleiwâsch ou Plomberg. Il s’agit probablement de l’ancien moulin à l’entrée de Dourd’hal. M. Emile Koch de Longeville nous a rapporté que les poules qui picoraient aux abords de ce moulin, finissaient par crever (maladie du plomb ou saturnisme ?). D’autres documents situent le lavoir le long du ruisseau, mais plus loin du village. Le plomb y était lavé et fondu. On peut quand même s’étonner que l’établissement se trouve si éloigné du lieu d’exploitation. Peut-être y avait-il une mine de plomb à Dourd’hal ?

Enfin on installa lavoir et fonderie près du moulin d’Oderfang. Nous avons retrouvé le rapport du citoyen Aix du 29 ventôse An 2 de la République (Mars 1794). Il situait le lavoir au Nord-Ouest et à 1/4 de lieue de Saint-Avold (1 km) au-dessous d’un étang d’environ 100 arpents (40 ha) de superficie, près d’un moulin. “Il était divisé en deux bâtiments solidement construits et neufs. Le premier contient les lavoirs; les tables sont au nombre de 22, toutes en bon état et en activité. Il comprend aussi le bocard nécessaire à diviser et à piler la mine… Le second bâtiment est destiné à placer le fourneau à mouches ou autres, mais ils n’y sont point encore construits”.

Le plomb entrait dans la composition de l’émail qui recouvrait la faïence. Le métal avait également d’autres usages : vitraux, tuyauteries, balles. La galène brute réduite en poudre servait de vernis pour la poterie grossière; elle servait également à recouvrir le papier “métallifère”.